mai 25 2008
Du 14 mai au 23 mai – La Chesapeake, la Delaware, Cap May
Ahhh… la Chesapeake! Un soleil éclatant tôt le matin, une marée montante qui nous propulse, un vent trois quart arrière de 10 à 15 nœuds, une longue houle paresseuse… le bonheur total! Depuis le temps que Guy rêvait de naviguer ce plan d’eau mythique dans des conditions agréables. La lecture du livre, Chesapeake, de Michener active beaucoup notre imaginaire avec ses aventuriers, ses pirates, ses héros de batailles navales et aussi, ses pêches miraculeuses d’huitres et de crabes. Cette immense baie a été le théâtre de l’évolution de la construction navale à partir de la caravelle, en passant par le clipper, les bateaux à vapeur, une variété de bateaux de pêche à fond plat, et finalement, les bateaux de guerre, les bateaux commerciaux et les plaisanciers modernes. Nous y faisons trois pauses, l’une à Deltaville, une autre aux îles Solomons et une troisième à Annapolis.
Mercredi, le 14 mai, ce sont des conditions de calme plat que nous découvrons en sortant de l’embouchure de la rivière Élizabeth près de Norfolk pour nous diriger vers le nord ouest dans la baie de Chesapeake. Notre premier arrêt à Deltaville est très agréable car nous y rejoignons les équipages de Victoria’s Secret, Mer et Monde II et Océanite. Quelles belles retrouvailles lors d’un 5 à 7 pour le moins animé chez Maya X! Il y a 14 personnes à bord qui ont le goût de fêter joyeusement, question de se mettre à date sur les aventures vécues depuis George Town et de se rappeler les plus mémorables péripéties vécues ensemble.
Les moments chargés d’adrénaline ont figuré dans l’expérience de chaque équipage. Nicole et Laval, d’Océanite ont vécu un bris important lors de leur traversée dans le Golfe Stream. En effet, des coups de vent de plus de 50 nœuds pendant une période d’une heure et demie ont fait claquer leur bôme d’un côté et de l’autre jusqu’à ce qu’il se torde et se brise en deux dans le sens de sa longueur, déchirant par le fait même leur grand voile. Ils ne pouvaient plus contrôler leur bateau pendant cette période de temps et ils ont dû se laisser porter où le vent les amenait jusqu’à ce que le calme revienne. Cet équipage expérimenté qui en est à son quatrième voyage aux Bahamas en a vu d’autres, mais cet épisode figure parmi celles qui les ont le plus impressionnés. Quant à Maya X, leurs moments forts, entre autres, ont été la traversée d’un sound particulièrement houleux en Georgie et aussi les deux traversées du Golfe Stream. À certains moments, leur bateau tapait beaucoup dans la vague et résonnait comme un tambour. Christian voyait Channey, son golden retriever, réfugiée dans la pince, qui était littéralement soulevée au moment où le bateau fracassait la vague. Benoît de Victoria’s Secret raconte que son expérience prolongée de plus de deux jours dans le Golfe Stream était très particulière alors que son bateau de
Le jeudi, 15 mai, nous voilà, en route vers les îles Solomon, naviguant à la vitesse de coque en compagnie de quatre équipages : Victoria’s Secret, Mer et Monde II, Maya X et Rose des vents. Un coup d’œil aux prévisions de la météo nous apprend que ce sera serré pour nous rendre à Annapolis avant le prochain front froid. Nos visiteurs sont au courant et devront peut-être nous rejoindre aux îles Solomon si le mauvais temps s’installe trop vite…
Nous passons deux nuits à l’ancre aux îles Solomon, où nous en profitons pour visiter une épicerie fine, une poissonnerie et des magasins de bateau comme Boaters’ World et West Marine. Puis, je fais une découverte ahurissante lorsque j’aperçois à la poissonnerie, Capt. Smith’s Seafood Market, une spécialité de la région : le crabe bleu. Ce petit crustacé est pêché et livré vivant à la poissonnerie. L’étalage que je vois est constitué de crabes en période de moult, soit au moment où ils n’ont pas encore remplacé leur coquille dure. Ils sont très jolis à voir, avec leurs appendices bleutés, et surtout, ils sont tout mou au toucher. Leurs pattes ne représentent aucun danger puisqu’elles aussi sont très molles et malléables. Le préposé à l’étalage m’informe qu’il peut faire la préparation de ces crabes et me les vendre tout chaud, et prêts à déguster. Par curiosité, je lui demande de voir comment il s’y prend pour les apprêter. Il s’installe donc sur le comptoir pour préparer le premier crabe. Il me prévient que la technique peut sembler cruelle, mais elle s’exécute rapidement:
Étape 1 : Avec une paire de ciseaux, et d’un mouvement rapide, il lui coupe la face. Snip!
Étape 2 : Rapidement, il replie légèrement la carapace de chaque côté et coupe les devil’s claws. Snip, snip!
Étape 3 : Par l’ouverture de la face, il retire rapidement les deux poumons avec un petit crochet.
Étape 4 : Il retourne le crabe sur le dos et abaisse son appendice anal, soit le tablier, et le tranche rapidement. Snip! Si c’est une femelle, cet appendice ressemble au Capitol et si c’est un mâle, il ressemble à l’Obélisque!
Et voilà! Ses pattes bougent encore mais il est prêt à être enrobé dans une panure et plongé dans une huile chaude à friture.
Je réagis assez violemment à cette démonstration exécutée sans autres préambules. On me dit que c’est un met recherché et délicieux. J’accepte donc d’en acheter pour le souper du soir. C’est avec un verre de vin que nous dégustons ce met inusité, mais je dois admettre que je n’ai pas l’âme en paix. Je dors très mal ce soir-là et durant les deux prochains jours, je mange avec très peu d’appétit. Finalement, je reste assez traumatisée par cette expérience que je ne peux cesser de raconter, ad nauséam, à qui veut bien m’écouter!
Pour Victoria’s Secret et Mer et Monde II, c’est une soirée d’adieu car Benoît, Nancy et leurs deux filles doivent rentrer à Montréal. Le bateau terminera le voyage avec un autre équipage à bord. Ce n’est pas un moment facile pour ces amis qui se sont côtoyés pendant la majeure partie du voyage. Mais un rendez-vous est fixé à l’automne pour des retrouvailles terrestres, afin de faire le point sur notre adaptation une fois revenus au Québec et tenter de revivre une fois encore la magie engendrée par ce voyage.
Nous arrivons finalement à l’Annapolis City Marina vers 16h :00 samedi après-midi. Nos enfants nous y rejoignent deux heures plus tard. Il va sans dire que les deux jours qui suivent sont très précieux pour nous. Ils s’installent à bord mais la météo ne nous permettra pas de sortie dans la baie, comme nous l’avions espérée. Nous optons donc pour une après-midi à flâner dans les rues très agréables d’Annapolis. Une visite guidée à pied nous fait découvrir des lieux historiques. Puis, le lendemain, nous décidons d’aller faire un tour à Washington, histoire d’aller explorer les environs du 1600 Pennsylvania Avenue, soit, la Maison Blanche, le Capitole, l’Obélisque, le monument Lincoln. Encore une fois, nous apprécions pleinement cette visite intéressante et surtout, tous les moments que nous passons ensemble.
Depuis le temps qu’on en parlait : les p’tits sont là!
Puis, ils sont partis. Notre départ d’Annapolis en direction de Chesapeake City se fait le mercredi, 21 mai, par vents portants et un ciel ensoleillé. Coxily nous rejoint; alors nous formons une flottille de quatre bateaux. Nous faisons bonne route et nous arrivons à destination tôt en après-midi. Nous décidons alors de poursuivre notre route vers la sortie du C & D Canal pour passer la nuit dans un ancrage au sud de l’île Reddy. Rose des vents décide de rester à Chesapeake City pour prendre le temps de visiter cette petite ville qui rappelle beaucoup de souvenirs d’enfance à Debby. Ils nous rejoindront surement plus tard à Cap May.
C’est par vents forts soutenus de plus de vingt nœuds avec rafales de plus de trente nœuds que nous abordons la baie du Delaware le lendemain. Ça brasse beaucoup ce qui nous oblige à prendre trois bandes de rie. Puis, nous avons un problème de moteur : l’alarme de refroidissement sonne et nous devons fermer le moteur le temps faire un diagnostique et de régler le problème. Il semble que la vague a encore une fois permis à l’eau de mer de s’infiltrer dans le tuyau d’échappement. Trop de gite du côté bâbord semble avoir cet effet. Je continue à barrer et nous poursuivons notre route à voile seulement, pendant que Guy effectue les réparations nécessaires qui lui permettent de redémarrer le moteur. Finalement, la flottille décide d’un commun accord d’interrompre notre trajet vers Cap May. Avant de déboucher dans la partie la plus vaste de la baie du Delaware, nous décidons de nous mettre à l’abri à l’ancrage de la rivière Cohancey. Comme il est tôt en après-midi, Guy décide d’installer son nouveau compte-tour où tachomètre, acheté au magasin Bacon à Annapolis. Ce magasin qui se spécialise dans le recyclage de pièces usagées de bateau est une mine d’or. Entre autres, ils ont en inventaire 14 000 voiles usagées!! Donc, il installe avec succès son compte-tour. Il pourra maintenant mieux surveiller le fonctionnement du moteur. Il y a un problème sous-jacent qui s’est développé dernièrement, car nous avons remarqué une fumée blanche qui se dégage du tuyau d’échappement, surtout lorsque le moteur vire à haute révolution. Pour le guider dans ses recherches diagnostiques, il s’inspire beaucoup de ses lectures du Boatowner’s Mechanical and Electrical Manual de Nigel Calder. Ce manuel est une bible dont il a apprécié les conseils depuis notre départ, soit pour notre propre moteur, soit pour discuter des problèmes des autres moteurs de bateaux environnants.
Le vendredi, 16 mai, nous quittons la rivière Cohancey pour nous diriger vers Cap May, une distance d’un peu plus de 30 milles. Notre départ a cependant été retardé d’une demi-heure environ parce notre câblot d’ancre s’était enroulé autour d’un obstacle juste au dessous de la pointe du bateau. Il a fallu manœuvrer pour le déloger en tournant sur nous-mêmes et en utilisant la force du moteur d’un côté, puis de l’autre pour enfin nous tirer de là. Ouff! Guy a bien mérité une pause café après cet exercice exténuante!
À suivre…
N’oubliez pas de revisiter les articles précédents pour voir les photos.
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