Archive for mai, 2008

mai 25 2008

Du 14 mai au 23 mai – La Chesapeake, la Delaware, Cap May

Publié par Guy sous Le voyage

En route Dismal Swamp Canal Une petite pause...Crabe bleu, à coquille molle  Washington Washington Washington Washington Washington Washington Wahington Wahington 100_1072 100_1045

Ahhh… la Chesapeake! Un soleil éclatant tôt le matin, une marée montante qui nous propulse, un vent trois quart arrière de 10 à 15 nœuds, une longue houle paresseuse… le bonheur total! Depuis le temps que Guy rêvait de naviguer ce plan d’eau mythique dans des conditions agréables. La lecture du livre, Chesapeake, de Michener active beaucoup notre imaginaire avec ses aventuriers, ses pirates, ses héros de batailles navales et aussi, ses pêches miraculeuses d’huitres et de crabes. Cette immense baie a été le théâtre de l’évolution de la construction navale à partir de la caravelle, en passant par le clipper, les bateaux à vapeur, une variété de bateaux de pêche à fond plat, et finalement, les bateaux de guerre, les bateaux commerciaux et les plaisanciers modernes. Nous y faisons trois pauses, l’une à Deltaville, une autre aux îles Solomons et une troisième à Annapolis.

Mercredi, le 14 mai, ce sont des conditions de calme plat que nous découvrons en sortant de l’embouchure de la rivière Élizabeth près de Norfolk pour nous diriger vers le nord ouest dans la baie de Chesapeake. Notre premier arrêt à Deltaville est très agréable car nous y rejoignons les équipages de Victoria’s Secret, Mer et Monde II et Océanite. Quelles belles retrouvailles lors d’un 5 à 7 pour le moins animé chez Maya X! Il y a 14 personnes à bord qui ont le goût de fêter joyeusement, question de se mettre à date sur les aventures vécues depuis George Town et de se rappeler les plus mémorables péripéties vécues ensemble.

Les moments chargés d’adrénaline ont figuré dans l’expérience de chaque équipage. Nicole et Laval, d’Océanite ont vécu un bris important lors de leur traversée dans le Golfe Stream. En effet, des coups de vent de plus de 50 nœuds pendant une période d’une heure et demie ont fait claquer leur bôme d’un côté et de l’autre jusqu’à ce qu’il se torde et se brise en deux dans le sens de sa longueur, déchirant par le fait même leur grand voile. Ils ne pouvaient plus contrôler leur bateau pendant cette période de temps et ils ont dû se laisser porter où le vent les amenait jusqu’à ce que le calme revienne. Cet équipage expérimenté qui en est à son quatrième voyage aux Bahamas en a vu d’autres, mais cet épisode figure parmi celles qui les ont le plus impressionnés. Quant à Maya X, leurs moments forts, entre autres, ont été la traversée d’un sound particulièrement houleux en Georgie et aussi les deux traversées du Golfe Stream. À certains moments, leur bateau tapait beaucoup dans la vague et résonnait comme un tambour. Christian voyait Channey, son golden retriever, réfugiée dans la pince, qui était littéralement soulevée au moment où le bateau fracassait la vague. Benoît de Victoria’s Secret raconte que son expérience prolongée de plus de deux jours dans le Golfe Stream était très particulière alors que son bateau de 35 pieds a vogué pendant plusieurs heures dans le sens du courant avec un vent de travers qui leur permettait d’atteindre des pointes de vitesse de plus de neuf nœuds. Ils avaient une très forte impression d’évoluer dans une rivière au milieu de la mer! Quant à nous, nos moments forts ont été notre sortie en mer entre Beaufort et Wrightville, lorsque nous avons navigué par vents arrière de 20 nœuds avec rafales à 25 nœuds, mais surtout avec une houle résiduelle en provenance du large de 8 à 10 pieds. C’est à cette occasion que le moteur a arrêté de fonctionner parce que la gite était trop importante, ce qui a permis à l’eau de mer de s’infiltrer dans le tuyau d’échappement au point d’étouffer le moteur. Enfin, c’est ce que Guy en a déduit. Ce n’était pas facile d’aller régler ce problème dans les conditions de mer que nous vivions! Puis, un autre moment fort a été notre arrivée sur le banc à Gun Cay en décembre. Notre passage tout près de la falaise a été mémorable alors que nous étions propulsés par un courant puissant sans l’aide de notre GPS qui a arrêté de fonctionner durant ce moment crucial. Finalement, notre flottille a eu quelques battements de cœur accélérés lors de notre sortie en mer dans la passe de Great Whale Cay! Quelle expérience électrisante lorsque nous sentions le bateau décoller sur le haut de la vague et faire du surf!!

Le jeudi, 15 mai, nous voilà, en route vers les îles Solomon, naviguant à la vitesse de coque en compagnie de quatre équipages : Victoria’s Secret, Mer et Monde II, Maya X et Rose des vents. Un coup d’œil aux prévisions de la météo nous apprend que ce sera serré pour nous rendre à Annapolis avant le prochain front froid. Nos visiteurs sont au courant et devront peut-être nous rejoindre aux îles Solomon si le mauvais temps s’installe trop vite…

Nous passons deux nuits à l’ancre aux îles Solomon, où nous en profitons pour visiter une épicerie fine, une poissonnerie et des magasins de bateau comme Boaters’ World et West Marine. Puis, je fais une découverte ahurissante lorsque j’aperçois à la poissonnerie, Capt. Smith’s Seafood Market,  une spécialité de la région : le crabe bleu. Ce petit crustacé est pêché et livré vivant à la poissonnerie. L’étalage que je vois est constitué de crabes en période de moult, soit au moment où ils n’ont pas encore remplacé leur coquille dure. Ils sont très jolis à voir, avec leurs appendices bleutés, et surtout, ils sont tout mou au toucher. Leurs pattes ne représentent aucun danger puisqu’elles aussi sont très molles et malléables. Le préposé à l’étalage m’informe qu’il peut faire la préparation de ces crabes et me les vendre tout chaud, et prêts à déguster. Par curiosité, je lui demande de voir comment il s’y prend pour les apprêter. Il s’installe donc sur le comptoir pour préparer le premier crabe. Il me prévient que la technique peut sembler cruelle, mais elle s’exécute rapidement:

Étape 1 : Avec une paire de ciseaux, et d’un mouvement rapide, il lui coupe la face. Snip!

Étape 2 : Rapidement, il replie légèrement la carapace de chaque côté et coupe les devil’s claws. Snip, snip!

Étape 3 : Par l’ouverture de la face, il retire rapidement les deux poumons avec un petit crochet.

Étape 4 : Il retourne le crabe sur le dos et abaisse son appendice anal, soit le tablier, et le tranche rapidement. Snip! Si c’est une femelle, cet appendice ressemble au Capitol et si c’est un mâle, il ressemble à l’Obélisque!

Et voilà! Ses pattes bougent encore mais il est prêt à être enrobé dans une panure et plongé dans une huile chaude à friture.

Je réagis assez violemment à cette démonstration exécutée sans autres préambules. On me dit que c’est un met recherché et délicieux. J’accepte donc d’en acheter pour le souper du soir. C’est avec un verre de vin que nous dégustons ce met inusité, mais je dois admettre que je n’ai pas l’âme en paix. Je dors très mal ce soir-là et durant les deux prochains jours, je mange avec très peu d’appétit. Finalement, je reste assez traumatisée par cette expérience que je ne peux cesser de raconter, ad nauséam, à qui veut bien m’écouter!

Pour Victoria’s Secret et Mer et Monde II, c’est une soirée d’adieu car Benoît, Nancy et leurs deux filles doivent rentrer à Montréal. Le bateau terminera le voyage avec un autre équipage à bord. Ce n’est pas un moment facile pour ces amis qui se sont côtoyés pendant la majeure partie du voyage. Mais un rendez-vous est fixé à l’automne pour des retrouvailles terrestres, afin de faire le point sur notre adaptation une fois revenus au Québec et tenter de revivre une fois encore la magie engendrée par ce voyage.

Nous arrivons finalement à l’Annapolis City Marina vers 16h :00 samedi après-midi. Nos enfants nous y rejoignent deux heures plus tard. Il va sans dire que les deux jours qui suivent sont très précieux pour nous. Ils s’installent à bord mais la météo ne nous permettra pas de sortie dans la baie, comme nous l’avions espérée. Nous optons donc pour une après-midi à flâner dans les rues très agréables d’Annapolis. Une visite guidée à pied nous fait découvrir des lieux historiques. Puis, le lendemain, nous décidons d’aller faire un tour à Washington, histoire d’aller explorer les environs du 1600 Pennsylvania Avenue, soit, la Maison Blanche, le Capitole, l’Obélisque, le monument Lincoln. Encore une fois, nous apprécions pleinement cette visite intéressante et surtout,  tous les moments que nous passons ensemble.

 

Depuis le temps qu’on en parlait : les p’tits sont là!

Puis, ils sont partis. Notre départ d’Annapolis en direction de Chesapeake City se fait le mercredi, 21 mai, par vents portants et un ciel ensoleillé. Coxily nous rejoint; alors nous formons une flottille de quatre bateaux. Nous faisons bonne route et nous arrivons à destination tôt en après-midi. Nous décidons alors de poursuivre notre route vers la sortie du C & D Canal pour passer la nuit dans un ancrage au sud de l’île Reddy. Rose des vents décide de rester à Chesapeake City pour prendre le temps de visiter cette petite ville qui rappelle beaucoup de souvenirs d’enfance à Debby. Ils nous rejoindront surement plus tard à Cap May.

C’est par vents forts soutenus de plus de vingt nœuds avec rafales  de plus de trente nœuds que nous abordons la baie du Delaware le lendemain. Ça brasse beaucoup ce qui nous oblige à prendre trois bandes de rie. Puis, nous avons un problème de  moteur : l’alarme de refroidissement sonne et nous devons fermer le moteur le temps faire un diagnostique et de régler le problème. Il semble que la vague a encore une fois permis à l’eau de mer de s’infiltrer dans le tuyau d’échappement. Trop de gite du côté bâbord semble avoir cet effet. Je continue à barrer et nous poursuivons notre route à voile seulement, pendant que Guy effectue les réparations nécessaires qui lui permettent de redémarrer le moteur. Finalement, la flottille décide d’un commun accord d’interrompre notre trajet vers Cap May. Avant de déboucher dans la partie la plus vaste de la baie du Delaware, nous décidons de nous mettre à l’abri à l’ancrage de la rivière Cohancey.  Comme il est tôt en après-midi, Guy décide d’installer son nouveau compte-tour où tachomètre, acheté au magasin Bacon à Annapolis. Ce magasin qui se spécialise dans le recyclage de pièces usagées de bateau est une mine d’or. Entre autres, ils ont en inventaire 14 000 voiles usagées!! Donc, il installe avec succès son compte-tour. Il pourra maintenant mieux surveiller le fonctionnement du moteur. Il y a un problème sous-jacent qui s’est développé dernièrement, car nous avons remarqué une fumée blanche qui se dégage du tuyau d’échappement, surtout lorsque le moteur vire à haute révolution. Pour le guider dans ses recherches diagnostiques, il s’inspire beaucoup de ses lectures du Boatowner’s Mechanical and Electrical Manual de Nigel Calder. Ce manuel est une bible dont il a apprécié les conseils depuis notre départ, soit pour notre propre moteur, soit pour discuter des problèmes des autres moteurs de bateaux environnants.

Le vendredi, 16 mai, nous quittons la rivière Cohancey pour nous diriger vers Cap May, une distance d’un peu plus de 30 milles. Notre départ a cependant été retardé d’une demi-heure environ parce notre câblot d’ancre s’était enroulé autour d’un obstacle juste au dessous de la pointe du bateau. Il a fallu manœuvrer pour le déloger en tournant sur nous-mêmes et en utilisant la force du moteur d’un côté, puis de l’autre pour enfin nous tirer de là. Ouff! Guy a bien mérité une pause café après cet exercice exténuante! 

La Delaware s’est beaucoup calmée durant la nuit, et c’est par vents arrière de 10 à 15 nœuds que nous naviguons, les voiles en ciseaux. Nous avons hâte d’arriver à destination, car nous aurons la chance, cette fois d’aller à terre pour visiter un peu cette petite ville qu’on nous dit très charmante. Nous finaliserons aussi la visite de Sylvie, une amie qui nous accompagnera peut-être pour la traversée entre Cap May et New York.

À suivre…

N’oubliez pas de revisiter les articles précédents pour voir les photos.

Nouveaux mini-films sur Youtube.com au site: hacdes55

 

     

Aucune réponse encore

mai 14 2008

Mille 283 à mille 0 – De Wrightsville à Norfolk - du 4 au 14 mai

Publié par Guy sous Le voyage

Elizabeth City Ã�lizabeth City Park Ã�lizabeth City Park Dismal Swamp Canal Dismal Swamp Canal Dismal Swamp Canal Dismal Swamp Canal Dismal Swamp Canal Dismal Swamp Canal, une écluse Dismal Canal Vin et fromage avec les Rose Buddies d'Ã�lizabeth City Ã�lizabeth Ciy Park Avion Tom Cat - Top Gun Bateau de guerre Stealth Barnaches, Ã�lizabeth City Park L’Intra-costal est bordée de  belles propriétés en Caroline du nord. Nous revoyons les balcons meublés de chaises berçantes qui nous avaient déjà charmés l’automne dernier. La météo n’est jamais favorable pour une sortie en mer, donc nous continuons notre route par la voie intérieure. Cela nous permet de voir des sections de l’Intra-costal que nous n’avions pas vues en descendant parce que nous avions fait des passages par l’Atlantique. En cours de route, lorsque nous longeons des secteurs particulièrement peuplés, j’essaie avec succès des connexions Internet qui durent quelques minutes, le temps que nous passions. Je suis ravie de pouvoir poster mon dernier article sur le blogue. Nous en profitons aussi pour lire notre courrier.

Le samedi, 3 mai, alors que nous sommes ancrés à Wrightsville, Stéphane et Mylène réussissent à nous rejoindre via Skype! Nous sommes vraiment très heureux d’avoir de leurs nouvelles. Cependant, ils nous annoncent qu’ils ont eu un problème de moteur. Ils sont présentement en attente de recevoir un nouvel arbre de l’hélice qu’ils ont fait usiner. Ce pépin les oblige à demeurer plusieurs jours dans la petite ville de Georgetown, en Caroline du sud. Comme ils sont très proactifs, ils semblent profiter de leur séjour terrestre pour explorer la région et trouver des choses intéressantes à faire. Mais, comme dit Stéphane, nos bateaux sont fatigués et ont besoin d’un bon entretient. Bonne chance, Fière Allure! Nous nous reverrons à Châteauguay. Quant à nous,  nous poursuivons notre route vers Beaufort, où nous ferons une pause d’une journée pour essayer de remédier à nos propres problèmes de moteur.

Réflexion sur nos choix de parcours 

Lorsque nous réfléchissons au temps que nous avons consacré à chaque segment de notre parcours, il y a des changements que nous ferions si c’était à refaire.

D’abord, si possible, il faudrait partir plus tôt à la fin août, début septembre pour mieux profiter de la chaleur de l’automne et avoir le temps de descendre suffisamment au sud pour ne pas avoir froid. Cela permettrait aussi de passer plus de temps dans la baie le

la Chesapeake, ce que nous n’avons pas pu faire à notre goût. Ce plan d’eau est vraiment hors de l’ordinaire pour les amateurs de voile, avec ses vastes étendues d’eau, ses grandes rivières qui permettent de s’abriter et ses villes accueillantes qui s’échelonnent sur son littoral.

C’est aussi une bonne idée de prendre son temps dans l’Intra-costal pour profiter des nombreux endroits à visiter. Les villes de New York, Annapolis, Norfolk, Beaufort, South Port, Georgetown, Charleston, Savannah, St-Augustine valent bien que l’on mette quelques jours à les visiter. Notre coup de cœur est Charleston, suivi de près par St-Augustine et Annapolis.

Aux Bahamas, nous n’avons pas visité les îles Berries, sauf pour Chub Cay, mais nous aurions aimé le faire au moment de notre arrivée. Notre passage à Nassau de deux semaines était trop long. C’est une très bonne idée de nous attarder dans les Exhumas, surtout le long des îles jusqu’à Farmer’s Cay. Notre arrêt de plus d’un mois à Georgetown était beaucoup trop long.

C’était très agréable de commencer notre voyage de retour en passant par les Out Islands, soit, Long Island, Rum Cay, Conception Island, Cat Island, Éleuthera et Spanish Wells. Nous aurions pu passer encore plus de temps à visiter ces îles.

Puis, il faut vraiment garder plus de temps pour visiter les Abacos. Un mois à six semaines ne seraient pas de trop. Nous y avons passé seulement deux semaines.

Pour ce qui est du voyage de retour aux États-Unis, je pense que beaucoup de gens ressentent le besoin de le faire plus rapidement. Le goût de revoir la famille et les amis se fait plus pressant et les conversations démontrent un intérêt pour les projets une fois revenus au Québec.  Par ailleurs, nous ressentons l’urgence de profiter encore des quelques semaines qui nous restent. Il y a encore beaucoup de moments pour apprécier ce que l’on a déjà vu et aussi pour découvrir d’autres endroits, d’autres curiosités régionales. C’est un peu avec regret que nous passons devant St-Augustine, puis Charleston sans y retourner faire une visite. Mais, nous avons très hâte de voir nos enfants à New York, et nous devons avancer rapidement pour y être à la date prévue.

Nous arrivons à Beaufort, en Caroline du nord, dimanche, le 4 mai, et nous demeurons au quai de la marina Beaufort Docks, jusqu’au mardi matin. C’est une pause bien méritée car nous sommes épuisés de nos dix jours de navigation à dix heures par jour! Guy fait les achats requis pour avoir les morceaux dont il aura besoin si le moteur flanche à nouveau. Épicerie, lavage, soirée 5 à 7 au bar de la marina, puis souper au resto : de quoi nous changer les idées et relaxer un peu. Puis, je visite les  nombreuses petites boutiques pendant que Guy fait le changement d’huile, et finalement, nous allons faire un tour d’une heure environ au petit musée de la ville, situé juste en face de la marina.

Quel beau petit musée qui valait amplement le détour. Merci, Caro, pour nous en avoir parlé. Entre autres, nous y découvrons une invention ingénieuse utilisée autrefois pour sauver les gens d’un naufrage. Il s’agit d’un contenant cylindré étanche, effilé aux deux bouts, qui fait peut-être 12 pieds de long par 4 ou 5 pieds de diamètre et muni d’une porte et d’un système de deux très long câbles. Un sauveteur était propulsé dans ce contenant par un canon jusqu’au naufragés. Il fixait alors un deuxième câble à l’épave, et il faisait ensuite la navette entre la plage et l’épave en empilant jusqu’à neuf personnes dans ce contenant. En tirant ce cylindre de part et d’autre entre la plage et l’épave, ils réussissaient à sauver les gens. Ce cylindre flottait sur l’eau, mais aussi pouvait être submergé dans les vagues déferlantes de la côte. Quelle invention bizarre, mais combien ingénieuse! Je trouve cela fascinant de lire les descriptions détaillées de sauvetages, mais aussi de voir ces spécimens véritables qui subsistent encore. Comme cette autre invention qui permettait d’enrouler les câbles sur une planche munie de nombreux gougeons, ce qui permettait de le dérouler sans qu’il ne s’emmêle. Guy et Christian font le tour et s’intéressent aussi aux animaux typiques de la région, surtout les six sortes de serpents vénéneux. Comme Christian doit sortir matin et soir avec sa chienne, Channey, il est particulièrement intéressé à savoir que ces serpents rôdent le long de la berge, dans les hautes herbes des marais… il doit faire gaffe!

Puis, en regardant bien le trajet qu’il nous reste à parcourir jusqu’à New York, il faut bien nous rendre à l’évidence que ce sera trop serré pour encore espérer y être pour la longue fin de semaine du 17 mai. Nous proposons alors à nos enfants, Vincent, Tammie et Alexis, de venir nous rejoindre plutôt à Annapolis. Cela leur demandera de faire trois heures de route de plus, mais ils découvriront une très jolie ville et ils pourront faire de la voile avec nous plus facilement dans la baie de

la Chesapeake. Nous aviserons lorsque nous serons plus près de cette destination, mais, au moins, nous avons un plan de rechange si nous prenons un peu de retard.

Mardi matin, nous reprenons notre route pour nous ancrer en fin de journée dans le port de la petite ville d’Oriental, que nous avions laissée de côté en descendant. Un saut à terre nous fait découvrir une jolie petite ville paisible, avec de grands arbres qui agrémentent les belles propriétés riveraines. Nous y apercevons même l’un de ces arbres avec un immense tronc qui enserre deux anciens bancs de pierre, placés comme des balançoires de jardin. La pancarte explique qu’il y avait une source près de ces bancs et que nombres de couples sont venus s’y assoir pour se chanter la pomme au fil des ans.

A cet ancrage, nous retrouvons l’équipage de Coxily, et un nouvel équipage, Marc et Debbie, de Rose des vents. Ceux-ci naviguent sur un Morgan de 58 pieds de long dont l’intérieur est un chantier de construction. En effet, ils ont comme projet de terminer la finition intérieur de leur bateau, tout en naviguant vers le lac Champlain. Marc est québécois avec la double nationalité américaine et canadienne. Debby est américaine. Les deux habitent

la Floride depuis plusieurs années.

Ce sont de longues journées de navigation qui suivent pour les prochains deux jours, histoire de profiter du beau temps pour traverser les grandes étendues d’eau peu profondes que sont

la Neuse River,

la Punga and Alligator River, le Pamlico Sound et l’Albermarle Sound.

La traversée des Sounds ne se fait pas aussi tranquillement que nous l’avions fait la première fois. En effet, nous effectuons ce trajet dans des vagues de deux à trois pieds et du vent de travers de 20 à 30 nœuds. Nous sommes très contents lorsque nous arrivons à destination, non sans avoir reçu quelques vagues dans la figure au passage! Comme un front froid agrémenté de tornades s’annonce, nous décidons de nous installer au quai gratuit d’Élizabeth City, petite ville située à l’embouchure de la rivière Pasquotank. A cet endroit, nous avons le choix de deux routes possibles, soit continuer vers

la Virginia Cut, ou de suivre la voie scénique du Dismal Swamp Canal. A l’automne, ce canal était fermé, mais ce n’est plus le cas.

Nous passons deux soirs à Élizabeth City. Cette petite ville est célèbre pour son accueil chaleureux et notre expérience confirme cette réputation. Les Rose Buddies, une équipe de retraités qui sont au poste chaque matin sur le quai, se donnent comme mandat d’aller accueillir les équipages de chaque nouveau bateau, de leur remettre des dépliants d’information sur leur ville, et, comble de bonheur, de les inviter à un vin et fromage servi en soirée en leur honneur, et présidé par Monsieur le maire!! Puis, ils remettent une rose à chaque équipage. C’est à ce moment que nous faisons connaissance avec Bob, un rose buddy particulièrement loquace et articulé et dont le père était membre fondateur de ce rite d’accueil pour le moins singulier. Il nous charme par les nombreuses histoires, parfois grivoises, qu’il nous raconte avec brio, malgré son âge avancé. Cet ancien pilote et officier de la marine est une source intarissable d’information et il partage volontiers ses opinions réfléchies et son savoir sur toutes sortes de sujets, incluant la politique américaine de l’heure. Un personnage coloré, pour dire le moins!

Durant la journée, j’en profite pour visiter le petit musée, et les quelques boutiques sur la rue principale. Je fais aussi un tour chez une coiffeuse, histoire de rafraichir ma coloration et ma coupe de cheveux. Ça fait du bien! Tranquillement, je redécouvre mes anciennes habitudes de terrienne, que je reprends une à une. A quand celle du bain tourbillon chaud et mousseux qui dure de longues minutes??!!

Puis, le lendemain, à 7h :30, c’est toute une flottille qui se met en branle. Nous sommes maintenant cinq bateaux pour faire cette balade dans le Dismal Swamp Canal. Nicole et Laval du voilier Océanite,  nous accompagnent.   

Voici quelques mots du dictionnaire spécial que nous créons au fil des conversations sur le VHF lors de nos longues journées de navigation :

Benoît, de Victoria’s Secret, s’inquiète de la qualité du mouillage des équipages…

Chantale parle de traverser l’Orgie au lieu de

la Georgie.

Martin et Christian sont à la recherche de leur fusée depuis leur visite au Kennedy Space Center.

De temps en temps, Maya X sort ses turbos, ce qui impressionne beaucoup Martin de Coxily!

Laval, d’Océanite, raidit sa voile au réveil et la ramollit quand il se couche!

Toujours en parlant de sa voile, il explique que quand t’es jeune, même à deux main, t’es pas capable de la plier, mais quand tu vieillis, si tu commences trop vite, t’as de la misère à la finir!!

Caro et Christian voient les soldats enfilés sur le pont!

Pendant ce voyage, nous aurons été tellement plus sollicités par des éléments de vie communautaire que nous l’avions imaginé! Nous réalisons qu’une très grande part de l’intérêt de notre voyage est l’occasion que nous avons eu de connaître des gens dans leur vie quotidienne pendant de longues périodes de temps, de partager des préoccupations de tous les jours, d’apprécier l’expérience très diversifiée de chacun et surtout de développer des liens d’amitié qui nous sont vraiment très précieux. En y réfléchissant bien, nous constatons que cet aspect de notre voyage nous fait découvrir la valeur des relations humaines significatives. Trop souvent, dans notre vie antérieure, j’ai l’impression de ne pas avoir consacré assez de temps à développer nos amitiés, et si ce voyage nous enseigne quelque chose, c’est bien de cultiver les gens plutôt que les horaires et les contraintes que l’on s’impose au fil de notre vie supposément moderne.

La Dismal Swamp Canal vaut le détour, malgré le fait que nous avons touché le fond à maintes reprises. Par chance, Christian navigue en position de tête et nous indique vers quel côté du canal nous acheminer afin de profiter de quelques pouces d’eau supplémentaires. Une fois, le mât frôle les hautes branches des arbres lorsque nous tentons de louvoyer dans une passe particulièrement peu profonde. Par ailleurs, l’endroit est assez féérique avec ses immenses arbres feuillus et ses conifères qui atteignent des sommets vertigineux. Parfois, les branches retombent en cascades sur l’étroit canal où deux bateaux auraient peine à se croiser. Parfois le sous bois est recouvert d’une sorte de haie fleurie qui sent les lilas. Un endroit paisible et idyllique.

Nous poursuivons notre route vers Norfolk, où nous accostons tard dans la journée au quai gratuit d’Élizabeth City Park. Coxily et Océanite vont s’installer à une marina à Hampton. Nous sommes donc trois équipages à passer les deux prochains jours d’un cold front particulièrement sévère à l’abri, attachés à un quai fixe près d’un parc municipal. Le vent se maintient entre 20 et 30 nœuds, avec de fréquentes rafales entre 35 et 50 nœuds. Nous sommes très protégés dans cette petite baie, mais nous ne sommes pas épargnés par l’inondation qui submerge le quai d’un pied et demi à marée haute. Un froid assez intense s’installe pour la période du front froid. Le thermomètre descend à moins de 52 F, ce qui nous incite à sortir notre chaufferette à l’alcool et nos vêtements chauds. À un moment donné, il y a même quelques minutes de neige et de grêle! Nous sommes inquiets car les prévisions de la météo annoncent des possibilités de tornades. Celles-ci se matérialisent tout autour de nous, à quelques milles, mais nous sommes épargnés.

Pendant les deux jours que nous sommes à quai, nous faisons une location d’auto, ce qui nous permet entre autre, de faire une visite guidée de la base navale. Nous y apprenons que Norfolk est la plus importante base navale aux États-Unis. Il y a plus de 3000 personnes qui travaillent sur les lieux afin de faire l’entretient des plus gros porte-avions et autres bateaux de guerre de la marine américaine.  Sur la rive nord, il y a aussi un chantier de construction de ces bateaux. Cette visite guidée d’une heure et demie environ nous a bien impressionnés par ce que nous avons pu voir et aussi par les informations pertinentes que notre guide nous a fournies. Entre autre, j’ai pu photographier un bateau stealth, qui échappe aux écrans radar et qui ressemble à un char d’assaut futuriste. En soirée, Guy et moi retournons seuls au centre ville de Norfolk pour faire une dernière randonnée. Nous avons la chance de voir le destroyer Wisconsin, mis en réserve près du musée naval. Sommes toutes, nous apprécions ce milieu urbain propre et très animé, avec un bord de l’eau aménagé de façon très agréable. Puis, nous passons à un centre de conditionnement physique pour prendre une douche avant de terminer notre visite par un arrêt sushi au resto avant de retourner au bateau.

Le lendemain matin, soit le mercredi 14 mai, nous passons le mille 0! Nous avons ainsi complété une majeure partie de notre voyage de retour. Nous entrons dans la baie de

la Chesapeake par une belle journée ensoleillée avec des vents portants de 10 nœuds environs, et comme bonus, une dernière visite d’un banc de dauphins. Ils sont des dizaines à virevolter autour de nos bateaux, comme pour nous dire au revoir. Ça nous fait chaud au cœur de les voir et du même coup, nous sommes un peu nostalgiques.

Nous apprenons que l’équipage de Victoria’s Secret fait aujourd’hui sa dernière journée de voile avant de repartir vers le Québec. En effet, ils laisseront leur bateau à Deltaville et ce sera d’autres personnes qui le ramèneront au lac Champlain. Nous avons eu aussi d’autres nouvelles de l’équipage de Fière Allure, celle-là, un peu moins réjouissantes. Leur problème d’arbre de l’hélice s’est avéré plus important; ils ont donc décidé de faire remorquer leur bateau au Québec pour effectuer les réparations. C’est avec regrets qu’ils terminent ainsi plus tôt que prévu ce voyage épique d’une petite famille de quatre voyageant sur un voilier de 27 pieds. Mais, qu’à cela ne tienne; ils ont atteint leur but principal qui était de passer l’hiver aux Bahamas. De plus, ce dernier mois de navigation n’était pas pour eux une nouveauté puisqu’ils l’ont fait l’automne dernier. Quant à nous, nous rejoindrons les équipages de Mer et Monde II et Victoria’s Secret ce soir à Deltaville. La météo est incertaine pour les prochains jours. Ce soir, nous devrons rejoindre nos visiteurs afin de confirmer le lieu de notre rencontre en fin de semaine. Ce n’est pas certain que nous pourrons naviguer jusqu’à Annapolis avant le prochain cold front!

A suivre…

Aucune réponse encore

mai 03 2008

Du 23 avril au 3 mai

Publié par Guy sous Le voyage

Kennedy Space Center Le souper aux fruits de mer avec Maya X, Coxily et Daniel et Lise et Céline Kennedy Space Center L'aigle américain, blanc et noir de L' L'aigle américain Osprey, Waccamaw River Un cyprès Osprey, rivière Waccamaw Aligators, dans les marais Du mille 885 au mille 500 de l’Intra-costal – Départ de Cap Canaveral

Il est 5h :30 du matin et il fait encore noir dehors. Nous sommes à l’ancre près d’une voie ferrée, juste au nord de Titusville. Nous avons le temps de déjeuner en vitesse avant de partir : gruau, rôtis, café, thé.

Guy démarre le programme de navigation Fugawi sur l’ordinateur.

Il met la batterie du moteur à ON.

Il monte sur le pont et tourne la clé du moteur qui ronronne comme un moine.

Running lights : ON

Electronics : ON

Je prends ma tasse de thé et je file sur le pont pour prendre la barre.

Guy se déplace vers la proue pour lever l’ancre.

Il est 6h :15 et c’est un départ.

Coxily et Maya X sont avec nous. Nous voulons profiter des heures d’ensoleillement pour couvrir le plus de distance possible. Nous avons tous convenu que maintenant, nous sommes déterminés à avancer rapidement vers notre destination. Nous ne pourrons pas nous arrêter trop souvent pour visiter en cours de route. Le plus souvent, nous serons à l’ancre dans des endroits sauvages et déserts. Le but, pour nous, est de nous rendre à New York pour la longue fin de semaine de mai, où nos enfants pourront venir nous rejoindre. Les deux premiers jours de cette cadence soutenue sont plus difficiles. Mais nous retrouvons la qualité particulière de la fraicheur du matin avec une brise tiède sur les joues et les levés de soleils exhilarants.

Depuis notre arrivée à Cap Canaveral, nous avons été très accaparés par les préparatifs pour ce départ. D’abord, nous avons eu besoin du reste de la journée du 21 avril pour récupérer de la fatigue de notre traversée du Golfe Stream. Une bonne douche, puis nous nous retrouvons tous au resto-bar, The Grill,  pour fêter notre arrivée. Guy passe chez le  coiffeur pour retrouver une apparence plus soignée qui lui vaut des remarques approbatives de tous! Fini le look  «peace and love» des vacances! Il faut admettre que je n’ai pas de talent de coiffeuse et que celles qu’il a rencontrées en cours de route en manquait lamentablement aussi! Nous nous couchons tôt ce soir-là et nous dormons d’un sommeil de plomb.

Le lendemain matin, nous rejoignons Lise et Daniel, nos amis de Victoriaville, par téléphone et ils acceptent de venir souper avec nous à la marina. Nous avons décidé de profiter du gazebo avec tables de pique-nique et BBQ pour faire un souper aux fruits de mer auquel participeront les trois équipages. Nous en profitons pour souligner la fête de Jonathan qui a treize ans aujourd’hui. Nos joyeuses retrouvailles se déroulent durant une partie de l’après-midi jusque tard dans la soirée. Un vrai party! Nous sommes vraiment très heureux d’avoir pu rejoindre Lise et Daniel, ainsi que Céline, une amie qui fait le voyage avec eux. Ils nous quittent pour refaire l’heure et demi de route qui les séparent de leur condo; puis, Guy et Christian ferment le bal vers 2h :00 du matin. Ils ont tous les deux mal aux cheveux le lendemain!!

Nous nous offrons un deuxième jour de congé pour louer une auto, faire des courses et ensuite, faire la visite du Kennedy Space Center.

La Floride a pour effet de ramener à notre mémoire nos voyages antérieurs avec les enfants. La chaleur, les palmiers, le paysage urbain, les odeurs de crème solaire à noix de coco sont très typiques et nous sont curieusement familiers. Déjà, notre souvenir des Bahamas s’estompe comme dans un nuage blanc. Notre traversée houleuse et le choc de notre arrivée dans l’abondance et le brouhaha du continent nous donne une étrange sensation comme si nous revenions de Shangri La. Notre expérience était-elle bien réelle?

Lentement, nous captons les visions, les bruits, les odeurs de la civilisation américaine : dans le supermarché,  nous faisons face à aux rangés sans fin d’aliments, surtout aux comptoirs de fruits et légumes, des viandes et de produits laitiers. Je ne sais plus quoi mettre dans notre panier d’épicerie! C’est trop! Quelle différence lorsque nous passons à la caisse! Puis, nous faisons le plein de propane. A la caisse, c’est $5.00 au lieu de $15.00 la dernière fois que nous avons fait le plein aux Bahamas! Puis, une petite halte à West Marine, où Guy fait l’acquisition d’un GPS portable et d’une batterie à décharge profonde. Nous voulons être en mesure de faire autant de passages en mer que la météo nous le permettra lors de notre voyage de retour. Nous avons senti la nécessité d’avoir un peu plus de marge de sécurité en cas d’une panne de notre ordinateur. Finalement, nous passons au comptoir de DVD et nous trouvons la saison 6 de la télésérie, 24 Hours. Quelle chance! Voilà plusieurs heures de divertissement pendant les soirées tranquilles dans l’Intra-costal. Je crois que nous sommes l’équipage qui avait le moins de DVD à bord durant ce voyage. Tous les autres équipages étaient constamment à la recherche de nouveaux DVD. L’échange  de DVD était beaucoup plus populaire que l’échange de livres.

C’est le cœur léger que nous passons la matinée au Kennedy Space Center. Notre passage dans le simulateur de décollage d’une navette est assez mémorable! Nous sommes impressionnés par les films IMAX relatant les faits saillants du programme Apollo, et de la construction de

la Station Spatiale Internationale. Un présentateur nous explique ensuite les projets qui sont en cours présentement et les projets futurs. Sommes toutes, une visite bien agréable et instructive.

Puis, le lendemain, soit le 24 avril, nous quittons Cap Canaveral en direction nord, via l’Intra-costal. Nous sommes accueillis par les merveilleux pélicans qui valsent autour du bateau. Parfois, ils survolent en rase-motte, parfois ils se précipitent d’une hauteur vertigineuse pour plonger vers leur proie. Puis, durant un passage dans une écluse, c’est un lamantin qui vient faire un tour près du bateau. Et bien sûr, les dauphins apparaissent régulièrement pour vérifier si nous sommes toujours là! Le soir, lorsque nous sommes à l’ancre, c’est le bruit familier des coquillages qui viennent s’incruster sur la coque du bateau que nous percevons. Cela ressemble à un cliquetis de dentiers! Cette faune qui habitait notre environnement lors de notre premier passage nous confirme que nous sommes vraiment sur la route du retour…

http://www.plongeetech.com/foto326.html

 

Les jours qui suivent sont de longues journées de navigation dans l’Intra-costal, soit près de 14 heures le premier jour, et un peu moins le deuxième jour. Puis, le rythme est pris. A un moment donné, nous avons un pépin : lors d’un moment d’inattention de ma part, je passe du mauvais côté d’un marqueur du chenal et j’échoue le bateau d’aplond pas à peu près dans 5 pieds d’eau. Nous essayons plusieurs techniques : le moteur au bout, toutes voiles dehors nous réussissons à tourner le bateau. Puis en faisant une motion de va et vient avec la barre à roue, nous louvoyons vers plus de profondeur d’eau. Mais le courant nous tire dans le mauvais sens. Finalement, Guy descend dans l’annexe et  tire le bateau de toutes ses 4 forces. Par chance, la marée est montante, et après une demi-heure de ces manèges, nous nous sortons de là. Ouf! Les quelques badauds attroupés sur la berge pour nous observer applaudissent lorsque nous reprenons notre cap. Nous aussi!!

Comme nous sommes le plus petit bateau de la flottille, nous sommes toujours à la queue et nous arrivons aux ancrages après les autres. Mettons que ce soir-là, lorsque nous sommes finalement ancrés vers 8h :00 du soir, après le coucher du soleil, nous sommes exténués.

Le 28 avril, nous arrivons à Savannah, tout près de la frontière de la Caroline du sud. Nous décidons d’aller à la marina Thunderbolt, d’où nous pourrons faire un saut en soirée dans le centre-ville de Savannah. Maya X nous suit, mais nous disons au revoir à Coxily qui décide de poursuivre plus loin encore et plus rapidement que nous. C’est avec un petit pincement au cœur que nous les quittons, car nous avions développé une franche camaraderie avec tous les membres de cette petite famille sympathique. Mais nous sommes persuadés que nous les reverrons probablement plus tard. Nous sommes poursuivis par de gros nuages noirs lorsque nous arrivons, puis l’orage éclate et une pluie torrentielle nous asperge. Les marinas affichent complet. Mélanie et Simon, du voilier Allégoria, nous aperçoivent à partir de leur quai de la marina Thunderbolt. Ils intercèdent alors en notre faveur auprès du préposé qui fini par accepter que nous accostions à leur quai de service pour la nuit. Il nous avoue par la suite qu’il se sentait mal à l’aise de nous laisser ainsi à la merci des éléments.  Après être installés, nous sommes heureux de retrouver nos amis pour avoir de leurs nouvelles. Comme il reste quelques heures de clarté, nous sautons dans un taxi pour aller faire un tour au centre ville de Savannah.

C’est une ville historique, que nous découvrons, où l’on peut passer plusieurs jours. Mais, c’est quelques heures seulement dont nous disposons pour marcher dans les vieux quartiers où nous flânons dans les parcs rectangulaires typiques de cet endroit. De grands arbres majestueux avec de longues mousses qui retombent vers le sol créent une pénombre permanente. Plusieurs monuments historiques rappellent des moments importants de la fondation de la ville et aussi, ceux de la guerre de l’Indépendance et de la guerre de Sécession. Guy est particulièrement fasciné d’y retrouver les personnages historiques du livre de David McCullough, 1776, qu’il vient de lire. Quant à moi, je retrouve la maison où habitait Juliette Bow, la fondatrice du mouvement Scout pour fille.  Nous n’avons pas assez de temps en une soirée, c’est évident. Mais nous pouvons capter  l’atmosphère de cette ville du sud et l’ampleur des attraits culturels qu’elle offre. Nous terminons la soirée dans un pub anglais où nous dégustons un bon steak et une bière, tout en regardant sur écran géant une partie de hockey des Canadiens de Montréal contre Philadelphie.

La Géorgie ne nous déçoit pas. Les cours d’eau de l’Intra-costal sont beaucoup plus large que nous l’avions imaginé. Nous sommes chanceux de voyager avec une marée qui est haute à midi, donc nous avons assez de profondeur dans les passes plus difficiles. En soirée, dans des ancrages le plus souvent isolés, nous entendons parfois le souffle caractéristique des crocodiles qui rôdent autour du bateau. C’est Christian qui nous fait remarquer ce phénomène. Cela ressemble au bruit de gorge que font des wawarons. Mais, nous ne réussissons pas à les apercevoir. Ce n’est que plus tard, le long des petits canaux que nous avons enfin notre premier aperçu de ces bêtes à l’allure un peu rassurante. Ils sont le plus souvent immobiles, juste à fleur d’eau, avec seulement leur museau et leurs yeux qui dépassent la surface de l’eau. 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alligator_d’Am%C3%A9rique

Le matin du 29 avril, lorsque nous partons de l’ancrage de Mosquito Creek, en Caroline du sud, il fait très froid. Nous devons ressortir nos vêtements chauds, remisés dans des grands sacs Zip-loc. C’est donc avec tuque, gants, pantalons longs que nous poursuivons notre route aux aurores, jusqu’à l’heure du midi. Les prochains jours sont plus chauds, mais le soir, c’est frais et confortable pour dormir. Malgré le fait que cette route semble un peu monotone, la navigation est loin de l’être. Nous devons être constamment aux aguets pour ne pas nous échouer et pour bien suivre les différents cours d’eaux. C’est que l’Intra-costal n’est pas un seul canal; parfois, c’est une large rivière, parfois un bras de mer peu profond, parfois un canal creusé, parfois un lac. Les bouées de différentes couleurs guident notre route et nous sommes constamment à leur recherche. Ce n’est pas un voyage de tout repos. Le soir, nous sommes très fatigués! Pour l’instant, c’est fini les Happy Hours, de 5 à 7! Plus souvent qu’autrement, nous préparons notre souper en cours de route pour ne pas trop se coucher tard.

Puis, le 2 mai, nous avons une longue journée de navigation pas comme les autres. D’abord, la veille, en arrivant au pont près de Charleston, nous arrivons quelques minutes avant sa fermeture pour l’heure du souper, soit de 4 à 6 heures. Nous sommes trois voiliers qui attendons pour l’ouverture du pont, mais nous sommes les derniers. Guy met le génois pour accélérer notre allure afin d’y être en temps. Notre estimé est une arrivée au pont quelques minutes avant son ouverture prévue pour 4 heures. Mais voilà, la préposée nous informe que nous sommes trop loin et qu’elle ouvre le pont maintenant, soit environ 10 minutes avant l’heure! Nous ne ralentissons pas et nous lui demandons de bien vouloir nous attendre. Le pont commence à tourner. L’autre voilier américain et Maya 10 s’apprêtent à passer, mais ils ralentissent leur course, dans un effort évident d’augmenter nos chances d’arriver à l’heure. La préposer ne daigne plus répondre à mes appels répétés pour vérifier si elle nous laissera passer. Nous passons, par la peau des fesses!! La préposée nous observe du haut de sa tour et ne répond pas à mes remerciements, pourtant chaleureux… Ouf! Nous sommes donc passés et nous continuons notre route encore pour quelques heures. Puis, le lendemain, lorsque nous levons l’ancre, le voilier américain nous rejoint et manœuvre pour nous dépasser, mais, il calcule mal le niveau d’eau et il s’échoue royalement. Nous allons lui prêter main forte en tentant de le remorquer, mais c’est peine perdue, car son 48 pieds est trop lourd pour l’effort que peut fournir notre moteur. Il appel Tow Boat US pour se faire remorquer. Nous le saluons avant de partir, un peu déçus de ne pas avoir pu lui rendre service plus efficacement.

Nous continuons notre route en faisant du bon temps car la marée montante ajoute quelques nœuds à notre vitesse. Puis, nous approchons d’une série de petits canaux dans les marais. De  grosses mouches nous importunent, mais nous oublions vite ce désagrément lorsque nous apercevons des alligators le long de la berge. A quelques reprises, nous ralentissons notre allure pour mieux les observer et tenter de les photographier. En après-midi, le paysage change lorsque nous entrons dans la rivière Waccamaw. Celle-ci est bordée d’une forêt mixte, très dense, dont les abords semblent être inondés par la marée montante. Ces grands arbres ont un tronc élargi à la base ce qui me fait penser aux pattes de chevaux de trait. Ces troncs baignent dans l’eau salée sans que l’arbre semble en être trop affecté. Je ne connais pas le phénomène ici qui permet à ces arbres de survivre en eau salée. Ils sont recouverts d’une longue mousse grise qui pend aux troncs et aux branches. Cela rappelle des barbichettes grises qui balancent au vent. J’ai pris cette mousse dans mes mains. Les filaments ressemblent à des cordes entremêlées, assez raides, mais tout de même douces au toucher. Je comprends que les oiseaux s’en servent pour fabriquer leurs nids.

Il n’y a presque plus de palmiers, maintenant. Le printemps semble être bien installé ici, avec le gazouillis des oiseaux, la verdure bien établie et les gens qui grattent leur cour au râteau. Ce qui attire bientôt notre attention, à part l’atmosphère paisible et calme de l’endroit, ce sont les énormes nids d’oiseaux occupés par des oisillons et leur mère. Ces oiseaux ont certainement l’allure de rapaces; nous pensons que ce sont des aigles. Les nids sont situés haut dans les arbres et, aussi, parfois sur les bouées qui indiquent notre route. A quelques reprises, nous ralentissons et nous passons tout près pour mieux  observer et  photographier ces oisillons curieux.  Ils s’étirent le cou pour voir qui vient les déranger, au grand dam des mères au caractère orageux, qui tentent de nous éloigner par leurs cris et leurs manèges belliqueux!! Qu’à cela ne tienne, nous sommes heureux de notre chance de voir ces oiseaux magnifiques. Plus tard, à l’ancrage, j’apprends que ce sont des osprey, sorte d’aigle brun à tête blanche et aux flancs blancs.

http://www.oiseaux.net/oiseaux/balbuzard.pecheur.html 

 

Nous avons aussi vu des aigles noirs à tête blanche,  qui seraient l’aigle emblème des États-Unis.

http://www.oiseaux.net/oiseaux/pygargue.a.tete.blanche.html

 

Cette journée de plus de 13 heures de navigation aura été des plus divertissante!

Ce soir-là, nous ancrons à Bucksport, au mille 377 de l’Intra-costal. Tôt le lendemain, nous pensons lever l’ancre pour continuer la cadence de notre parcours. Mais, cette fois, nous serons freinés. Ce sont les difficultés de moteur qui occuperont notre attention. Notre moteur arrête quelques minutes après notre départ. Deux heures plus tard, Guy a diagnostiqué un problème dans l’alimentation du moteur en diesel, cause inconnue pour l’instant. Possiblement, une saleté qui a bloqué la ligne, ou le filtre. Il vérifie le tout avec l’aide de Christian vient lui prêter main forte. Il change un tuyau de caoutchouc qui semble couler. Enfin, le moteur repart après avoir effectué toutes les vérifications dont les gars sont capables. Cependant, plusieurs indices semblent indiquer qu’il y a un problème sous-jacent. Guy pense que le pré-filtre est peut-être plus sale qu’il n’y parait, mais il n’a pas de filtre de rechange. Ce filtre n’est pas facilement disponible aux États-Unis parce que notre moteur est un moteur français. Il faudra peut-être le faire venir du Québec, ou, possiblement changer de système pour adopter un système américain, plus commun. Puis, c’est Christian que hésite à partir parce qu’il y a de l’eau sous son moteur! Il pense devoir changer un morceau de la pompe à eau. Quelle matinée! Nous repartons après le dîner en direction de l’ancrage de Calabash Creek, au nord de Myrtle Beach. Nous voulons nous rendre près d’un grand centre avant  d’investiguer plus à fond ces problèmes. Entre temps, il ne faut pas trop pousser nos moteurs!

Le 3 mai, nous passons la frontière de

la Caroline du nord.

     

Une réponse à date