avr 23 2008
Le retour aux États-Unis – du 16 au 23 avril
Il y a de ces journées déprimantes où tout semble foutu pour ce qui a trait aux plans préétablis. Nous voulons profiter de la bonne fenêtre météo pour traverser le Golfe Stream autour du 20 avril, profitant de la pleine lune pour éclairer notre route. Mais voilà : il faut d’abord passer le Whale Cay Passage, cette sortie sur l’Atlantique de deux milles environs. Le but est de contourner des hauts fonds sur le banc en passant par l’Atlantique, puis de rentrer à nouveau dans la mer des Abacos avant de poursuivre vers Great Sale Cay, notre point final de départ vers Cap Canaveral au nord de
Guy développe alors ce regard déterminé et très concentré qu’il a lorsqu’une situation le contrarie vraiment. Il veut traverser le vingt avril et il cherche un moyen. Nous avons tous le goût de profiter de la fenêtre météo qui s’annonce pour la traversée vers
Nous voilà lancés dans la passe de Loggerhead, entre les deux îles, Great Guana Cay et Whale Cay. Puis, que voyons-nous par tribord? Un petit voilier de
Puis, au bout d’une heure environ, c’est fini. Nous sommes passés de l’autre côté et plus rien ne nous empêche maintenant de parcourir les 60 milles qui nous séparent de notre point de départ vers
La poussée d’adrénaline nous anime pendant le reste de la journée. Les gars badinent sur
Vers six heures, nous sommes les derniers à nous ancrer et nous nous dirigeons vers la marina, inquiets, en pensant que nous serons trop tard pour faire le plein. Si c’est le cas, nous devrons attendre l’ouverture des lieux demain et partir à une heure plus tardive que prévue. Les autres ont réussit à faire le plein et sont déjà revenus à leur bateau.
Il y a de ces moments de grâce parfois que l’on n’attend plus. Malgré l’heure tardive, j’insiste pour aller avec Guy afin de pouvoir prendre au moins quelques photos. Arrivés au quai, nous avons la chance de rejoindre les responsables de la marina avant qu’ils ne ferment boutique pour la journée. Quelle chance! Les gens sont très sympas et acceptent de nous dépanner.
Ils nous expliquent qu’il n’y a pas autre chose sur cette île que ce centre de villégiature. Seulement environ 10 personnes y habitent en permanence. On peut y accédé par bateau, mais aussi par avion, via la petite piste d’atterrissage située à l’ouest de l’île. Il s’y trouve seulement quelques maisons qui sont de luxueuses résidences secondaires. C’est un site offrant des services haut de gamme que nous découvrons, nous rappelant un peu Emerald Bay et Abaco Resort Marina.
Non seulement nous réussissons à avoir du diesel, mais aussi à avoir accès à un vaste magasin général. Puis, comble de chance, nous découvrons un resto bar où nous décidons de faire notre dernière sortie aux Bahamas. Les deux autres équipages décident de rester à bord de leur bateau. C’est donc en tête-à tête que nous finissons cette journée mémorable. Encore une fois, nous ne sommes pas déçus, car c’est un repas 5 étoiles qu’on nous sert, soit le meilleur que nous ayons dégusté dans ce pays. Nous commençons par un potage à la langouste, suivi d’une assiette de Nassau Grouper, ce poisson très prisé que les gars ont vainement essayé d’attraper depuis le début de la saison de pêche qui est ouverte depuis le 1 avril. Pour dessert, un morceau de tarte à la lime, spécialité des Bahamas. Quel festin! Avant de partir, je réussis à capter quelques photos du coucher de soleil sur notre ancrage. C’est vraiment en beauté que nous mettons fin à cette journée et, du coup, à notre périple aux Bahamas. Demain, c’est notre avant-dernière journée de voile sur le banc avant de quitter définitivement en direction de
Donc, tôt le matin, nous levons l’ancre et nous faisons route vers Great Sale Cay. Nous rejoignons Fière Allure, Mer et Monde II et Victoria’s Secret une dernière fois par radio VHF pour leur souhaiter une belle traversée. Ils ont créé une autre flottille depuis qu’ils se sont rejoints à Treasure Cay et vont tenter de faire une traversé de trois jours qui les amènera à Beaufort, en Caroline du Sud. Cette flottille est très compatible car il y a des enfants sensiblement du même âge sur deux des bateaux. Ils ont beaucoup d’intérêt à faire route ensemble. Nous leur souhaitons une traversée sans problème et beaucoup de moments agréables ensemble. Nous continuerons à communiquer avec eux via Skype. Au revoir, Stéphane, Mylène, Catherine et Camille! Nous, nous reverrons peut-être en route, mais très certainement à Châteauguay!
Quant à nous, c’est une mer d’huile que nous naviguons pour les prochaines huit heures. Notre ancrage près de Great Sale Cay est confortable. Nous y sommes bientôt sept bateaux. Nous profitons des dernières heures d’ensoleillement pour aller à terre une dernière fois pour un quatre à six sur la plage. Nous échangeons nos projets pour le trajet aux États-Unis. Il semble que Maya X et Coxily soient pressés de rentrer au Québec. Ils commencent déjà à penser à leurs projets lorsqu’ils seront de retour. Christian veut profiter de la saison estivale pour donner un coup de main à son frère qui gère une compagnie de recouvrement d’édifices. Caro réfléchit à son avenir professionnel. Elle ne semble pas encore fixée sur des projets définis. Quant à Martin et Chantale, ils veulent s’installer de nouveau avec maison, autos, boulot possiblement dans la région de Sherbrooke, et définir plus tard ce que sera leur prochain défi. Pour l’instant, leur bateau est à vendre. Roxanne s’inscrira au Cégep, Jonathan commencera son secondaire II et Lily Mai commencera en maternelle à l’automne. Quant à nous, et bien ce sont surtout des échéanciers familiaux qui nous incitent à accélérer la cadence. Par ailleurs, nous désirons séjourner quelques jours à Cap Canaveral afin de voir nos amis, avant de poursuivre notre route. Cependant, si une bonne fenêtre météo s’annonce, nous serons très tentés d’en profiter pour faire un autre bout en mer. Il s’agit pour nous aussi de ne pas trop s’attarder. Comme dit l’expression commune, si l’on laisse aller le cheval, il rentrera au galop à l’écurie!!
De retour sur le bateau, nous soupons sur le pont et nous avons droit à un coucher de soleil magnifique. Au petit matin, Guy fait un dernier tour à terre pour brûler un petit sac de vidange et aussi, préparer deux noix de coco pour la route. Nous offrons celles qui nous restent à nos deux partenaires, histoire de ne pas avoir à les déclarer aux douanes. Puis, il faut remonter le moteur hors bord sur le balcon arrière du bateau et remonter l’annexe sur le pont avant. Nous sommes maintenant prêts à partir. Il est 9h :20 et c’est parti!
Il fait un temps magnifique. Les prévisions météo en provenance du Réseau du capitaine indiquent toujours des vents faibles et variables de moins de 10 nœuds. Il n’y a pas un nuage sur le firmament. Bientôt, nous ne voyons plus que cette mer bleu émeraude à perte de vue à l’horizon. Notre direction est 292 degrés, nord-ouest jusqu’au way point de Matanilla Shoal, c’est-à-dire pour une distance d’environ 55 milles. Nous naviguons sur le banc toute la journée, jusqu’à 7h :00 le soir. Notre vitesse sur le fond est d’environ 6.3 nœuds. Nous installons le pilote automatique et profitons de la journée.
Nous sommes progressivement distancés par nos deux partenaires qui sont plus rapides que nous. Nous restons cependant en contact radio. Notre réserve de carburant est d’environ
Comment se sent-on lorsque l’on quitte un petit coin du paradis? Nous sommes un peu nostalgiques, mais c’est surtout un sentiment de satisfaction qui nous habite. Satisfaction d’avoir fait ce voyage, satisfaction d’avoir relevé le défi que représentait pour nous cette navigation exigeante, satisfaction, aussi, d’avoir vécu un soupçon de ce que sera pour nous la vie de retraités. Ce voyage était pour nous une occasion de nous retrouver en situation de vie commune, jour après jour, après des années de vie presque parallèle, de par les exigences de nos carrières respectives. Nous avons beaucoup appris sur nous-mêmes, nos besoins et ceux de l’un, l’autre. Nous avons acquis de l’assurance et beaucoup de sérénité face à nos projets d’avenir. Ceux-ci ne sont pas définis, mais nos horizons sont tellement plus vastes. Nous connaissons mieux aussi, maintenant, les limites du bateau et nos propres limites.
BREAK! BREAK!
Alors que j’écris ces lignes, il y a un appel radio VHF:
SECURITY, SECURITY, SECURITY
Le voilier, Ten X, fait un appel à tous pour faire le relais aux autorités bahamiennes. Il vient de rescaper trois bahamiens des eaux du banc! Ces bahamiens étaient a la dérive depuis trois jours après que leur bateau ait coulé près de Freeport. Le ton de ce message est très urgent, mais la personne insiste pour confirmer que ce n’est pas un appel May Day. Il confirme que les personnes sont saines et sauves et que son appel a pour but de rassurer les familles. Les trois bahamiens sont sains et sauf à bord du voilier.
Nous sommes ahuris! Nous suivons la conversation avec le garde côte américain et un autre voilier qui fait le relais.
Ce voilier était au même ancrage que nous hier soir. Il est parti ce matin en direction de Fort Pierce. D’après sa position annoncée, il est à quelques milles de nous.
N : 27.13.74
O : 79.08.78
Wow!
Par la suite, nous obtenons l’information que les trois rescapés sont exténués et en grand besoin d’eau, de nourriture et de repos. Pour une raison que nous ne connaissons pas, le voilier a décidé de faire demi-tour pour les ramener chez-eux plutôt que de continuer sa route. Nous sommes assez surpris que personne ne soit venu les chercher, ou, à la limite, ils auraient pu prendre l’avion pour retourner chez eux à partir de Fort Pierce. Mystère.
Je disais donc… Nous aurons eu notre lot d’aventures durant ce voyage! Les moments fort, à date, auront été nos deux traversées du Golfe Stream, la passe de Whale Cay Channel, celle de Gun Cay, à notre arrivée en décembre, la pêche à la sling pour Guy, la pêche à la ligne sur le bateau et surtout nos magnifiques prises! La visite de la caverne sous-marine de Thunderball avec palmes, masque, tuba nous a émerveillés. La visite de la caverne terrestre à Cat Cay, et celle du célèbre Blue Hole ont été aussi des moments inoubliables. Nous aurons été éblouis par les couchers et les lever du soleil et de la lune. Nous aurons été charmés par les gens qui nous ont prêté main forte en cours de route. La simplicité et la générosité des bahamiens nous aura surpris à mainte reprise. Mais surtout, nous aurons été accaparés, sollicités sans relâche par la vie de tous les jours. Malgré le fait que nous ayons un peu ralenti le rythme durant nos quatre mois aux Bahamas, il n’en reste pas moins que nous changions constamment d’environnement avec ce que cela comportait d’exigences nouvelles. Et que dire des nouvelles rencontres, des précieuses amitiés que nous avons développées au fil des jours. Ce voyage nous aura permis de vivre en communauté beaucoup plus que nous ne l’avions soupçonné. Cette convivialité, cette possibilité de partage aura ajouté une joie de vivre, un rythme beaucoup plus intense à notre expérience. Nous avons été sur le party presque sans arrêt, même que nous soupçonnons tous avoir des symptômes de sevrage lors de notre retour au Québec!! Toute farce à part, nos souvenirs de notre vie au Bahamas resteront gravés dans notre mémoire comme étant des plus vifs et des plus colorés.
Il est maintenant, 10h :00 du matin et c’est aujourd’hui notre deuxième journée à Cap Canaveral. Nous sommes arrivés le 21 avril, vers deux heures, exténués. La nuit a été houleuse, beaucoup plus que prévu, car les vents sont tournés à l’ouest, nord-ouest autour de 20 nœuds! C’était vent de face avec comme résultat que le bateau tapait dans la houle comme un tambour! On a donc pris un cap plus au nord, pour avoir un trajet plus confortable. Avec le courant du Golfe Stream qui nous ajoutait 3 nœuds de vitesse, nous faisions presque 9 nœuds, toutes voiles dehors! Belle voile! Mais il a bien fallu revenir sur notre cap, et finalement, rentré au port. Notre drapeau bahamien a tenu le coup mais il est très amoché. Il a finalement cédé sa place au drapeau jaune, le temps de passer aux douanes, ce qui a été une courte formalité. Maintenant, nous avons un drapeau américain tout neuf et nous voilà revenus sur le continent!




























