Nous avons découvert tous les deux une nouvelle passion: la pêche en apnée et la plongée en apnée!! Quelles activités extraordinaires! Nous passons deux journées intensives à pratiquer ces nouvelles activités autour des coraux et de la plage d’Allan’s Cay. Le matin, Guy part avec Stéphane et Normand, qui vient d’arriver sur son catamaran, Beach Magic. Il est accompagné de sa conjointe, Monique et deux ados, Lorianne et Maxime. Comme il est déjà venu sur l’île durant des voyages précédents, il sait où sont les bons endroits pour pêcher. Stéphane et Guy raffinent leur technique et font l’exploration des coraux magnifiques. Toujours, ils reviennent ravis de leur expédition, mais leurs prises ne sont pas encore impressionnantes. Cependant, ils apprennent à reconnaître différentes sortes de poissons. Ils se rendent compte qu’une fois harponné, le poisson est difficile à remonter à la surface. Guy perd quelques bonnes prises à ce moment stratégique. Ils apprennent aussi qu’il faut remonter à la surface rapidement avec une prise pour éviter la compagnie de requins et de barracudas, qui se matérialisent de façon surprenante dans les environs lorsqu’il y présence de sang. Les requins ne sont pas vraiment dangereux, car ils s’en prennent surtout aux poissons blessés, plutôt qu’au harponneur. Cependant, les barracudas sont redoutables. Ils sont attirés par tout ce qui brille, d’où la précaution de ne porter aucun bijou pour plonger. Ils ont aussi la fâcheuse habitude de rechercher l’ombre autour des quilles des bateaux à l’ancre installés pendant quelques jours…On nous raconte qu’un barracuda a attaqué et blessé sérieusement la jambe d’une dame qui marchait sur la plage dans un pied et demi d’eau! Elle portait une chaine autour de sa cheville. Mais trêve d’histoires peu rassurantes! Les gars sont passionnés par leur nouvelle activité qui se solde souvent par une ronde de rhum en guise de récompense pour des défis tels que la plus grosse prise, la première langouste, etc. Ils forment une équipe de joyeux lurons, surtout très déterminés, prêts à affronter la vague, les courants et les profondeurs de 10 à 15 pieds pour dénicher leurs prises, mais ils sont tout de même prudents dans leur apprentissage!
Pendant ce temps, moi j’accompagne deux autres équipages, Marc et Milly sur Windigo, Marilyn et Vic sur Whisper. Milly et Marilyn ne savent pas trop nager, un peu comme moi, mais elles sont très motivées à maitriser l’utilisation du masque, tuba et palmes. Notre but est d’être suffisamment habiles avec cet équipement pour aller visiter la célèbre grotte sous-marine à Staniel’s Cay, où a été tourné une partie du film de James Bond, Thunderball. A marée basse, il y a un passage d’un pied ou deux au-dessus du niveau de l’eau à l’entrée de la grotte, mais à marée haute, c’est complètement fermé et il faut faire une plongé de dix à quinze pieds avant de refaire surface dans la grotte. Donc, dans notre cas, nous espérons faire cette visite à marée basse avec masque, tuba et palmes.
Je déballe mon équipement tout neuf, mais j’appréhende devoir faire de nombreuses tentatives avant de réussir à coordonner le tout. Mais, surprise! Je découvre que j’ai fait l’acquisition d’un équipement d’excellente qualité qui se révèle super facile à utiliser. J’ai été conseillé en la matière par une préposée qui connaissait bien les différentes caractéristiques à surveiller et qui a manifestement su les adapter à mon cas. Le masque tient merveilleusement bien sans jamais laisser passer d’eau. La visibilité est excellente, grâce aux verres adaptés à ma prescription visuelle. Le tuba est assez long pour me permettre d’évoluer dans la vague sans être submergée, mais qui offre, en plus, la nouveauté d’être presque étanche ce qui l’empêche de se remplir d’eau. Advenant ce problème, le tuba est muni d’un système d’échappement situé à l’autre extrémité, tout près de l’embout qui se place sur la bouche. Ceci permet donc de vider le tuba lorsque nécessaire presque sans effort. Ces caractéristiques démontrent un raffinement dans la fabrication de tubas, qui nous surprend agréablement, car l’équipement que possède Guy est loin de permettre cette performance.
Donc, me voilà capable, dès le premier jour, d’évoluer dans l’univers sous-marin et d’y découvrir, petits poissons tropicaux de couleurs vives, coraux et autre vie aquatique! Quelle joie! Quelle joie! Quelle joie! Je me pense maintenant prête pour la caverne de Thunderball! Mais, Vic et Marc, nos instructeurs, me font déchanter. Il faut rappeler que nous évoluons toutes les trois dans… deux pieds d’eau, ce qui nous permet de toucher le fond avec nos mains!!! Hum… Il faut maintenant aller plus loin pour plonger à plusieurs reprises afin de coordonner notre respiration en apnée. Il faut simuler notre réaction si notre tuba se rempli… même avec mon équipement super sophistiqué. Il faut surtout s’habituer à évoluer dans vingt pieds d’eau et plus. Il faut débarquer dans l’eau à partir de l’annexe et surtout pouvoir y remonter. Bon, anyway.
Pour l’instant nous faisons le tour des petits récifs qui bordent la plage et nous sommes comblées par ce que nous découvrons. L’eau est si claire et la sensation si agréable d’évoluer comme dans un aquarium! La beauté de cet environnement est saisissante et ne se compare en rien aux photos, ni même aux films. Nous développons une grande motivation de retourner encore et encore jusqu’à ce que nous ayons trop froid (malgré les 75 degrés de l’eau et la température extérieure de 28 degrés) et que nous soyons trop fatiguées pour poursuivre. Je découvre que je c’est vraiment difficile de descendre plus profondément dans l’eau salée. La densité de l’eau est plus élevée et permet de flotter sans effort. C’est très confortable d’être dans l’eau avec cet équipement. Je peux rester immobile pendant de longs moments, puis, lorsque je veux me diriger vers un autre endroit, les palmes sont vraiment efficaces pour me propulser rapidement. Je peux rester dans l’eau deux heures environ avant de me fatiguer. Je comprends maintenant l’importance de porter une combinaison thermique de plongé. Ce sera notre prochain achat, tout les deux, puisque celui de Guy a vraiment fait son temps.
Le matin du douze janvier, nous décidons de continuer notre route vers Highborne Cay, où se trouvent une marina avec petit magasin général et une plage magnifique. Nous avons décidé d’un commun accord de passer la prochaine semaine et demi à explorer les îles qui nous séparent de Staniel Cay, endroit où nous pourrons nous ravitailler un peu plus avant de poursuivre vers Georgetown. Cela signifie que nous devrons vraiment être auto-suffisants. Nous passons une nuit à Highborne, le temps de faire un tour sur cette plage déserte où c’est un réel plaisir de marcher dans le sable si blanc et si fin qu’il ressemble à de la farine et qui s’étend à perte de vue. La marina est vraiment très bien entretenue, mais il faut payer le prix. Nous découvrons que deux pains, une douzaine d’œufs, un sac de glace et une carte d’appel de vingt dollars nous coûtent 46 dollars! C’est maintenant que nous constatons l’importance d’avoir fait de bonnes réserves. Les dix-huit employés qui habitent sur l’île y sont seulement de passage, deux mois en service suivi d’un congé prolongé. Les installations que nous voyons et l’île au complet est une propriété privée. En parlant avec le préposé, nous apprenons le potin suivant : le superbe yacht de plus de 100 pieds que nous voyons amarré au quai est en fait un yacht de location. La semaine dernière, il faisait une escale ici, à Highborne Cay avec à son bord, Michael Douglas, sa femme, Catherine Zeta-Jones et leur famille! Mais, cette semaine, nous y voilà, en annexe, profitant, nous aussi de ses charmes enchanteurs…
Le 13 janvier, nous poursuivons notre route vers Normans Cay, l’île où habitait les caïdes de la drogue, dont Carlos Lehder, dans les années soixante-dix. C’était l’endroit où les bateaux en provenance de
la Colombie venaient déposer leur cargaison pour la transbordée sur de plus petits bateaux qui se dirigeaient ensuite vers les différents ports de
la Floride. Les américains y ont fait un raid majeur et ont vidé l’île. Depuis ce temps, l’île a été plus ou moins inhabitée et les bâtiments et maisons de luxe se sont dilapidés avec le temps. Il s’y trouve une petite piste d’atterrissage toujours utilisée aujourd’hui par de petits avions. Il s’y trouve un très bon resto, MacDuff’s, où nous dégustons un plat de poisson local très prisé, la dorade, digne des meilleurs restos de Montréal, à 30% de plus comme coût. Mais quel oasis dans cet endroit isolé!
Sur les petites îles environnantes, nous apercevons des maisons neuves et plusieurs petites marinas en construction. Il s’agit de futurs sites de villégiature haut de gamme… comme il s’en construit de plus en plus sur ces îles enchanteresses. Dans quelques années, le voyage que nous faisons ne sera plus le même.
Notre ancrage est assez bien protégé de toutes parts, alors nous y restons pour quelques jours, le temps de laisser passer le premier de deux fronts froids qui s’amènent. Il y a de nombreux endroits où pratiquer la pêche. Stéphane et Guy se donnent rendez-vous tous les matins. Stéphane réussit à attraper la première langouste, une magnifique prise de plus de deux pieds de long qu’il cuisine avec ravissement! Pour marquer l’événement, nous nous rendons en fin de journée sur l’îlot où se trouvent un seul palmier et une minuscule plage pour trinquer au rhum pour le Happy Hour. Les gars ont le cœur à la fête!!
Le lendemain, nous explorons une autre plage où l’on peut patauger autour de très petits îlots à marée basse et où se forment de grandes mares d’eau plus chaude. Marilyn et moi en avons pour des heures d’exploration sous-marine en apnée! Cette fois, les profondeurs sont plus importantes et représentent un site parfait pour nos pratiques. Nous sommes bientôt prêtes pour aller explorer l’épave de l’avion C-47, située tout près de l’ancrage. Elle date de l’époque où les trafiquants étaient actifs dans la région. On dit qu’elle était trop chargée au décollage, mais que l’équipage a réussi à s’en sortir indemne. Il ne reste plus grand-chose de l’avion. Sur l’île, nous faisons de grandes marches en suivant l’unique route. Nous faisons des pauses en visitant les ruines des maisons jadis luxueuses laissées à l’abandon.
Par chance, sur l’île se trouve un puits d’eau de pluie que nous utilisons pour nous rincer après la baignade. L’eau potable est une denrée rare plus nous sommes longtemps loin d’un centre de ravitaillement. La glace aussi devient problématique. Certains bateaux fonctionnent sans réfrigération. Les œufs et le beurre se conservent en fond de calle où il s’y trouve un peu de fraicheur. La technique, pour les œufs, est de les tourner bout pour bout tous les deux ou trois jours. Ils se conservent ainsi jusqu’à trois semaines s’ils étaient frais au départ. Dans notre cas, nous sommes satisfaits de la performance de notre génératrice, qui fait fonctionner le frigo et l’ordinateur lorsque nous sommes à l’ancre. Nous sommes donc assez autonomes et capables de conserver des aliments adéquatement. J’ai présentement dans le frigo trois morceaux de viande emballés sous vides dont les dates de péremption sont décalées jusqu’à la mi-février! Un rôti de porc pour cette semaine, un gros jambon pour la semaine suivante et un poulet au début de février! Si l’on ajoute à cela les prises futures de la pêche, nous ne sommes pas à plaindre pour ce qui est de l’apport protéinique à notre menu. Nous avons aussi de petites douceurs tels que de la crème douce, de la crème sure, une variété de fromages, du jus d’orange, du bacon (dont la date de péremption est en mars), de la mayo et bien sur, de la bière froide pour Guy! Au niveau des fruits et légumes, j’ai piments, carottes, patates, navets, chou, oignons, ail, tomates, bananes, pamplemousses, oranges, citrons, pommes… Je dois admettre que je n’ai pas encore puisé dans les réserves de boîtes de conserves pour notre alimentation courante. Nous sommes donc très autonomes pour quelques semaines, si nécessaire.
Nous partons de Norman’s Cay mercredi, le 16 janvier en destination de Wardrick Wells Park. Il s’y trouvent des tangons pour mieux s’amarrer lors du deuxième front froid qui s’annonce encore plus fort avec des vents du nord de plus de 30 nœuds. C’est une rendonnée d’environ cinq heures de belle voile au près. Nous ancrons au site d’Emerald Rock où se trouvent finalement une vingtaine de voiliers. Nous voilà donc en sécurité, protégés par l’île des vents du nord. Ici, le parc est aménagé et offre plusieurs activités pour nous occuper pour la prochaine semaine. A suivre…