mar 27 2008
Cat Island, Little San Salvador, Eleuthera – Du 12 au 25 mars
Lors de notre trajet vers Rum Cay, nous avons croisé à nouveau la ligne du tropique du Cancer, ce qui veut dire que notre route est maintenant résolument enclenchée vers le nord, soit en direction du retour. Nous voilà revenus en eaux plus tempérées après un séjour de moins d’une semaine en eaux tropicales!
Les deux petites îles de Rum Cay et de Conception ont un intérêt certain, l’une par sa petite communauté très accueillante de moins de 60 personnes, et l’autre, inhabitée, mais offrant une variété de sites naturels intéressants à explorer. Nous décidons de prendre une place à la marina de Rum Cay, car nous voulons avoir accès à une table de dépeçage pour fileter notre dorade et nous espérons aussi avoir accès à des douches. La petite marina est très accueillante et aménagée joliment, mais c’est peine perdue pour la douche car il n’y en a pas. Par contre, nous sommes bien installés pour dépecer la dorade. Guy est maintenant devenu très habile à cette tâche. Nous réservons notre soirée pour profiter de la connexion Internet, puis le lendemain, avant de repartir, nous allons faire un tour au village. Les quelques personnes que nous rencontrons sont très amicales, nous invitant même chez eux. Cependant, malgré la beauté des lieux, nous avons l’impression d’être ici vraiment isolés. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il n’y a plus de terre à l’horizon qui nous sépare de l’Afrique, sauf, la petite île de San Salvador un peu plus au nord-est.
Plus tard, lorsque nous partons pour l’île de Conception, c’est en direction nord-ouest, donc franchement vers le continent américain. Cette île inhabitée vaut le détour parce qu’il s’y trouve tout près des formations de coraux très inhabituels, le Southampton Reef, où les têtes de coraux ressemblent à des arbres et s’élèvent à plus de
Puis, durant le trajet de retour, nous pouvons observer ces petits oiseaux tropicaux blancs aux flancs bleutés et aux très longues queues qui rappellent celles de cerfs-volants. Ils sont nombreux dans ce sanctuaire protégé et sont vraiment magnifiques à voir évoluer. Deux dauphins viennent nager près de notre zodiac puis s’éloignent après avoir exécuté leur saut caractéristique hors de l’eau. Mais la magie de ce lieu est défigurée par la présence humaine très évidente ici, comme dans les autres îles: des détritus de toute sorte apportés par les courants marins, surtout du plastique, jonchent les plages désertes. Que c’est désolant! Le soir, avant de m’endormir, je songe à notre isolement et aux difficultés auxquelles nous serions confrontées si nous avions une urgence quelconque… Demain, notre trajet vers Cat Island représente huit heures de navigation. Nous serons alors à proximité d’un petit aéroport et d’une communauté plus ou moins organisée avec les services de base.
Samedi, le 15 mars, c’est le départ pour Cat Island, où nous attendent Christian et Caro de Maya
Nous restons à cet ancrage pendant quelques jours à cause d’un autre front froid qui amène des vents de plus de 20 nœuds. Les bahamiens sont super gentils et nous informent des services limités qu’ils peuvent nous offrir. La petite épicerie ressemble à un dépanneur où nous pouvons acheter de l’eau et quelques denrées. L’approvisionnement en produits frais redevient une préoccupation. Nous pouvons faire le plein en carburant, et nous pouvons acheter du pain frais chez une dame qui habite tout près.
Nous sommes donc plusieurs bateaux à l’abri dans cette baie qui s’appelle The Bight. L’accès à terre est facile sur une large plage bordée de ces énormes conifères qui ressemblent à nos pins, les cajuarinas. Lorsque le vent se lève, ces arbres sifflent une musique un peu lugubre. Nous remarquons aussi un autre arbre qui est recouvert de longues cosses brunes remplies de graines. C’est un Poinciana. J’en cueille quelques unes espérant qu’elles ne seront pas trop fragiles à conserver. Il y a un autre arbre qui attire notre attention : c’est le Banyan, cet arbre aux nombreuses ramifications torsadées dans le tronc qui peut devenir énorme. Nous en avons vu un dont le tronc immense faisait plus de vingt pieds de diamètre, les branches s’étendant sur la presque totalité d’un quartier, et dont certaines branches étaient si massives qu’elles étaient soutenues par un tronc secondaire à plusieurs mètres du tronc principal. L’âge de cet arbre était indiqué comme étant 180 ans. Mais, le point d’intérêt de cet endroit est sans contredit l’ermitage du père Jérome. Situé à quinze minutes de marche de la plage, sur la plus haute montagne des Bahamas, soit à plus de
Dans l’ancrage, nous faisons connaissance avec l’équipage de Coxili, un bateau de
Nous profitons du temps libre que nous avons pour faire un peu d’exploration sur le pouce. Accompagnés de Caro, nous allons faire un tour au centre de villégiature, Fernandez Bay Village, situé à environ cinq milles plus au nord. www.fernandezbayvillage.com. Christian reste à bord de Maya 10 pour soigner son dos qui le fait souffrir. Faire du pouce, ici, est un mode de transport courant. Le premier véhicule qui passe, arrête pour nous prendre à son bord… sauf que c’est un camion et que nous devons voyager debout dans la boîte, en nous agrippant aux rebords du toit! Nous avons le fou rire et je manœuvre pour prendre une photo de ce trajet mémorable! Il faut savoir que la limite de vitesse sur les routes des îles est de vint milles à l’heure. Arrivés à destination, nous découvrons une magnifique baie en forme de croissant de lune, où loge un club privé avec plusieurs petits chalets de location. Dans l’édifice principal, il y a un restaurant et une boutique de souvenirs. Nous en profitons pour dîner avant de repartir. Comme ce sera notre anniversaire de mariage demain, nous projetons venir jeter l’ancre dans cette baie pour ensuite revenir au resto pour un souper romantique avec vue sur les palmiers et sur cette baie magnifique digne d’une carte postale!!
Le lendemain, nous levons l’ancre en prévision de nous trouver un ancrage plus protégé des vents du sud, sud-ouest, possiblement à Fernandez Bay. Cependant, d’un commun accord, nous décidons de continuer notre route vers le nord où se situe un meilleur ancrage près de Bennett’s Harbour. Adieu souper romantique… Notre sortie à plus de cinq milles au large nous fait découvrir une mer formée, avec des vagues courtes de plus quatre pieds. Stéphane de Fière Allure perd son annexe lorsque le cordage qui la retient au bateau se brise. Il fait demi-tour et réussit à la rattraper, mais l’effort lui vaudra un mal de dos qui le limitera pour quelques jours. Quant à nous, Guy fait lui aussi une manœuvre risquée qui heureusement n’a pas eu de conséquences : lorsqu’il remarque qu’une rame de l’annexe s’est détachée et risque de se perdre, il décide d’aller la replacer, ce qui exige qu’il descende dans l’annexe en cours de route. Il réussit la manœuvre en faisant quelques pas rapides sur les boudins de l’annexe, puis en se laissant rouler en petite boule au fond du bateau. Il replace la rame, mais il faut qu’il revienne à bord, alors que l’annexe bouge comme dans une montagne russe derrière le bateau! Je n’ai pas le goût de pratiquer la procédure de l’homme à la mer dans les conditions que nous connaissons présentement!! Enfin, il s’en tire avec un bon avertissement que la prudence est de rigueur, et au diable la rame la prochaine fois. Il est peut-être capitaine du bateau et ses décisions font loi, mais moi j’en suis l’amirale et gare quand je parle!!
Après quatre heures de navigation, nous voilà donc à l’abri, heureux d’avoir fait le trajet. Nous découvrons un petit resto bahamien très sympathique, le Pompey Rock Restaurant, où nous donnons rendez-vous à toute la flottille pour notre souper d’anniversaire. Nous nous retrouvons donc treize, quatre enfants, une ado de 18 ans et huit adultes. La soirée se déroule très chaleureusement et nous sommes très touchés par la générosité de nos amis qui nous ont offert cette soirée des plus agréable. Merci encore, la gang!
Le lendemain, c’est un départ pour Little San Salvadore, une petite randonnée en mer de vint milles. Trois autres bateaux québécois suivent sensiblement le même trajet que nous et nous suivent à l’ancrage de Half Moon Bay. Il s’agit de Beau Fixe, ayant à son bord une petite famille de quatre, White Whisper et Sea Misty que nous connaissons moins, ayant, eux aussi respectivement, deux et trois enfants à bord. Comme cette île est entièrement une propriété privée de la compagnie Holland America Line-Westours, nous n’allons pas à terre. Ce soir, il n’y a pas de bateau de croisière dans la baie, mais c’est souvent le cas. Il faut alors être très discret et ne pas déranger les vacanciers qui débarquent du bateau pour s’adonner à toutes sortes de sports marins dans la baie, genre, moto-marine, vole à voile, kayak, randonnée de pêche, etc. Les installations terrestres sont à la disposition de ces vacanciers qui y séjournent en moyenne seulement pour la journée avant de retourner à bord poursuivre leur croisière. Nous restons à l’ancre pour la nuit, puis nous poursuivons notre route vers la grande île d’Éleuthera.
Notre route nous amène devant une passe sur l’Atlantique entre les deux îles. Malgré les vents faibles de dix nœuds environs, nous devons manœuvrer dans de longues vagues croisées de plus de six pieds. Nous perdons de vue Fière Allure entre deux vagues; il reste seulement leur mât pour indiquer leur position! Puis, en passant la pointe sud de l’île, nous apercevons un magnifique bateau de croisière à l’ancre. C’est le Queen Mary II! Je décide de le saluer sur la radio VHF, mais je n’ai pas de réponse. Jennifer, de Beau Fixe, a plus de chance. Mais l’officier de garde, dans son message très bref, lui rappelle qu’il est interdit de s’approcher de leur bateau à plus de cent mètres. Pas très «friendly» les brits!
Puis, nous arrivons à l’ancrage de Rock Sound, situé au sud de l’île d’Eleuthera. Rapidement, nous avons l’impression que l’atmosphère a changé. Depuis le temps que nous avions le projet de nous y rendre, je m’étais imaginé une vision exotique de cette île au nom énigmatique. Petite parenthèse : il y a des noms comme ça qui suscitent la curiosité car ils inspirent une histoire, un passé passionnant. Un peu comme ce navigateur que j’avais rencontré à Staniel Cay, dont le bateau se nomme Zingaara II. Intriguée par le nom de son bateau, je m’informe sur son origine. Il m’a alors raconté qu’il avait fait ce même voyage dans les Bahamas avec sa première femme il y a plus de vingt ans avec un bateau semblable qu’ils avaient nommé Zingara, du nom d’une tzigane célèbre dans un opéra italien. Il voulait maintenant refaire le voyage en mémoire de cette première expérience.
Donc notre arrivée à Eleuthera, c’est comme si nous arrivions dans un autre pays, tant les bâtiments que nous apercevons sont plus nombreux et semblent être mieux entretenus. Plusieurs autos circulent le long de la route principale. D’abord, il faut savoir qu’Eleuthera et plus au nord, les îles Abacos sont beaucoup plus peuplés par des blancs. Ces bahamiens ont l’air plus prospères et la petite municipalité semble avoir une vie plus organisée avec plusieurs services. Comme un autre front froid s’annonce pour les prochains jours, nous prévoyons séjourner ici possiblement pour la semaine. Comme pour nous souhaiter la bienvenue, nous entendons une musique de fanfare en provenance de la plage municipale. Après notre manœuvre d’ancrage, comme nous sommes Samedi Saint, nous allons rapidement faire un tour à terre pour tenter de nous ravitailler sommairement avant le congé de Pâques. C’est avec soulagement que nous trouvons à proximité tout ce dont nous avons besoin. Puis, nous apprenons que se déroule présentement une fête annuelle, le Home Coming. Il s’agit de fêter une fois dans l’année les gens qui reviennent dans leur village natal. Cette fête est un peu comme notre Saint Jean Baptiste, mais avec plus d’envergure puisqu’elle dure trois jours! Cinq milles personnes se sont déplacées pour participer à cette fête foraine qui se terminera le lundi de Pâques dans ce village. La date de cette fête varie d’une localité à l’autre. Donc, à l’affiche ce soir, nombreux kiosques offrant nourriture bahamienne, spectacle de talents locaux, parade Junkanoo, spectacle de deux chanteurs qui sont ici des célébrités, et finalement, une danse dans la rue. Christian nous accompagne à cette fête jusqu’en fin de soirée, tandis que les autres équipages en profite pour se coucher plus tôt après notre longue journée de navigation. J’en profite pour prendre quelques photos des costumes magnifiques. Nous quittons les lieux à une heure du matin.
Le lendemain, c’est Pâques et nous passons une petite journée tranquille à visiter un peu ce village, maintenant très tranquille puisque tout est fermé pour les prochains deux jours. En soirée, nous invitons Maya X et Fière Allure à bord pour venir déguster désert, thé, café, Irish Cream, et quelques cocos de Pâques. Au menu, tarte à la noix de coco, décorée de guimauves que les enfants découpent pour former un lapin. Je n’ai pas oublié cette petite tradition familiale.


























































