juin 12 2008

Notre retour au Québec – Du 2 juin au 12 juin

Published by Guy at 10:24 under Le voyage

New York aura été le roulement de tambour marquant la fin de notre voyage. Nous avions le goût de nous dépayser, de concentrer nos énergie à ce marathon qui nous a permis de faire le vide avant de nous remettre en route vers le Québec. Cette fois, nous sommes prêts et nous anticipons avec sérénité notre métamorphose vers un mode de vie terrestre.

La remontée de la Hudson jusqu’à l’ancrage de Partridge Harbour au sud du lac Champlain se fait en huit jours. Mer et Monde II nous accompagnent, puis nous rejoignons Coxily après avoir procédé au démâtage à Castleton Boat Club. Cette opération se fait sans problème en équipe avec Mer et Monde II. Éric et Guy connaissent bien leur bateau et la procédure se déroule sûrement, l’un aidant l’autre.

Si notre séjour à New York a été un roulement de tambour, la remontée de la Hudson sera, quant à elle, un mouvement tout en douceur, pianissimo. Il fait beau, il fait chaud. Les gars sont d’humeur à badiner sur

la VHF. À un moment donné, Éric et Martin entament un match musclé d’échange d’information sur les prévisions orageuses de la météo, façon bahamienne, qui se termine par une intervention de Guy qui jusque là était occupé à défaire la valve Y de notre système d’égout. Il sort la tête du cockpit pour confirmer les élucubrations savantes des nos deux autres compères : « Si je me fie à mes tuyaux, les gars, je peux vous confirmer que ce ne sera pas trop beau pour les prochains jours!!»

Et de nous rouler de rire, chacun sur notre bateau… Maya X et Fière Allure vont sûrement apprécier ce petit rappel d’une certaine conversation concernant la lecture de la météo sur radar…

Depuis quelques semaines, c’est un printemps allongé que nous vivons. Les outardes nous accompagnent regroupées en formation caractéristique de V. Elles bougent gracieusement et nous épatent par leur taille impressionnante et la beauté de leur plumage. Souvent, nous les côtoyons au sol, alors qu’elles font des pauses de ravitaillement. Elles ne sont vraiment pas farouches et se laissent approcher facilement. On dit qu’elles ne sont pas faciles à chasser car elles se souviennent des endroits où l’un des leurs a été atteint par des chasseurs. L’année suivante, elles peuvent alors repérer l’éclat des canons de fusil, même ceux des chasseurs blottis dans leurs caches, et s’éloignent de ce territoire sans y atterrir. Elles forment un couple pour la vie. Le mâle s’occupe de la femelle et peut même la défendre jusqu’à la mort. Les deux s’occupent de leur progéniture jusqu’à l’automne, et les surveillent  durant leur périple vers le sud. Après avoir été renseignés sur leurs habitudes de vie par le livre, Chesapeake, de Michener, ces volatiles nous fascinent.  Curieusement, plusieurs couples ne se rendent plus aussi loin dans le grand nord québécois. Nous rencontrons plusieurs petites familles nichées sur les abords de la Hudson.

Plus nous approchons, plus nous avons le goût de procrastiner. Nous passons deux jours à Kingston que nous n’avions pas trop visité lors de notre passage à l’automne. C’est un endroit agréable avec services gratuits : quais, électricité, douches. Nous en profitons pour faire une petite visite au musée où se déroule une soirée de musique blues. Nous y  faisons connaissance avec un équipage intéressant, Claudia et Uve, deux allemands qui voyagent sur leur voilier de 45 pieds, Okéanis, depuis plus de sept ans! Ils sont partis de l’Allemagne, sont descendus vers l’Amérique du sud, sont remontés jusqu’ici et sont en route vers les grands lacs, pour cet été. Ils poursuivront ensuite leur voyage de circumnavigation en retournant vers le canal de Panama. Leur projet est de passer par le Pacifique pour se rendre en Asie. Ils reviendront ensuite en passant au sud  de l’Afrique, retourneront en Amérique du sud et en Amérique du nord avant de traverser l’Atlantique pour finalement retourner chez eux!  

Puis, nous passons une nuit devant le fort Ticonderoga. Depuis notre visite à l’automne, nous avons appris beaucoup de choses sur l’histoire américaine. Ce fort, par exemple, fut le lieu de batailles féroces entre anglais, français et amérindiens, mais aussi, plus tard, durant le conflit pour l’Indépendance, un jeune officier de vingt-deux ans, le général Knox, a eu la brillante idée d’aller chercher la cinquantaine de canons du fort pour les transporter jusqu’à Boston afin de défendre la ville contre la présence britannique. Les américains de l’époque étaient à court de toutes sortes d’équipement pour mener à bien leur rébellion. Ce général Knox, donc, est venu durant l’hiver et a transporté ces canons sur des traîneaux et s’est rendu a destination avec son chargement. En cours de route, il a fait face aux pires difficultés. Par exemple, deux canons sont passés sous la glace, mais il les a récupérés! Il est passé à travers des tempêtes de neige, puis, il a gravi des montagnes, traversé et retraversé des rivières. Finalement, les gens des villages le long de sa route ont eu vent de cette entreprise farfelue et ont commencé à s’attrouper autour du cortège lorsqu’il passait près de chez eux pour les applaudir. Cet exploit à lui seul a permis de galvaniser l’intérêt des américains pour la cause de l’indépendance et à cristalliser leurs espoirs autour de ces premiers héros.    

Nous n’avions pas pensé  que notre trajet final vers le lac Champlain se ferait en aussi agréable compagnie. Notre flottille de trois bateaux  traverse le pont de Fort St-Frédéric, passage officieux vers le grand lac Champlain. Le vent fraichit et nous apprécions le répit qu’il nous offre de la chaleur de plus de 90F qui sévit depuis quelques jours. Nous faisons une pause aux chutes, Stacy Brook and Falls, le temps de patauger dans l’eau de source fraiche. Quel délice! Cette chute à trois paliers forme des rideaux d’eau qui cascadent doucement sur des rochers plats. C’est un petit paradis où nous pouvons évoluer sans danger comme dans une douche.  Quel plaisir nous avons  après avoir subi la chaleur écrasante depuis quelques jours! Puis, c’est au très joli ancrage de Partridge Harbour que nous jetons l’ancre pour la nuit.  Ce sera l’occasion d’un dernier cinq à sept sur Mer et Monde II avant de nous disperser demain sur le lac. C’est que Catherine et Éric n’ont plus beaucoup de temps et veulent passer leur dernière nuit sur le lac Champlain à l’île Valcourt qu’ils n’ont pas encore visitée. Ils poursuivront ensuite leur route au Québec jusqu’au lac Saint Jean, où ils habitent. Coxily continue sa route vers leur destination finale, soit la marina Gosselin, en passant par Burlington. Quant à nous, eh bien il nous reste quelques jours avant de terminer notre voyage à la Gilbert Brook’s Marina de Monty Bay.

C’est une autre séparation, un autre deuil. La petite famille de Coxily nous a épatés par son dynamisme, son expertise et son optimisme face à la vie. Ils sont vraiment très attachants tous les cinq, et les trois enfants sont un plaisir à voir évoluer. Ils nous ont rappelés les moments magiques de la vie quotidienne lorsque nos propres enfants avaient ces âges. Grâce à eux et aux autres équipages avec enfants à bord, nous avons pu apprécier l’intérêt pour la voile que les enfants de tous âges peuvent développer ainsi que leur capacité d’adaptation.

Catherine et Éric de Mer et Monde II sont rapidement devenus des compagnons de voyage que nous apprécions énormément. Ils sont jeunes, ils sont branchés, ils sont prêts à tout essayer. Ils ont une capacité pour capter les couleurs de la vie, comme durant notre visite à Chinatown. A preuve, leurs photos magnifiques. Ils respirent le bien-être au point où on les prend facilement pour des amoureux en voyage de noce.  Ils recherchent l’aventure et l’aventure semble les trouver, surtout les rencontres locales intéressantes, que ce soit avec les bahamiens où avec les pêcheurs rencontrés tout au long de leur voyage. Peut-être leur joie de vivre est-elle contagieuse…

Le matin du 10 juin, nous mettons le cap vers Vergennes, petite ville pittoresque, située à sept milles en remontant la petite rivière d’Otter Creek. Nous profitons du fait qu’à ce temps de l’année, il y a suffisamment d’eau pour faire le trajet, soit plus de 10 à 20 pieds sous la quille. Nous ne sommes pas déçus. L’endroit est vraiment très beau. Il ressemble aux bayous de la Nouvelle Orléans, et un peu aussi au Dismal Swamp Canal. J’adore faire de la photo en fin d’après-midi, lorsque nous arrivons et surtout, tôt le matin lorsque la luminosité sur l’eau est éclatante lorsque nous quittons.

C’est à Point Bay Marina que nous replaçons le mât. Ouf! C’est avec soulagement que nous reprenons notre route à la voile, cette fois. Nous faisons escale à Burlington une journée, le temps de revisiter cette dynamique petite ville du Vermont où nous avons accès à pied à la rue piétonne de Church Street. C’est ici que Guy a finalement droit à sa soirée cinéma pour voir Indiana Jones. C’est le deuxième film que nous visionnons au cinéma depuis notre départ. Un peu décevant, mais pour nous ce fut tout de même agréable de voir évoluer Harrison Ford qui, ma fois, s’en tire bien pour son âge vénérable.

Puis, c’est la fin de notre voyage. Le temps d’une dernière pause à l’île Valcourt, et nous voilà revenus chez nous. Un bilan de notre aventure suivra sous peu lors d’un article final sur ce blogue.

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